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Les cosmétiques à la menthe
Trois matières premières se cachent derrière la mention « menthe » sur un cosmétique : l'huile essentielle, l'extrait de feuille et l'hydrolat. Elles n'ont ni la même concentration, ni le même effet, ni le même potentiel d'irritation, et la liste INCI permet de les distinguer en quelques secondes.
Les trois matières premières et leur nom INCI
L'huile essentielle apparaît sous Mentha piperita (peppermint) oil ou Mentha viridis leaf oil pour la menthe verte. C'est la forme la plus concentrée : 100 à 200 fois plus riche en molécules odorantes que la plante fraîche. L'extrait de feuille, noté leaf extract, est obtenu dans l'eau, la glycérine ou un mélange hydroglycoliné, et reste très dilué. L'hydrolat, noté flower/leaf/stem water, est l'eau de distillation : il contient de l'ordre de 0,01 à 0,05 % de composés volatils et sert surtout de phase aqueuse. Sa fabrication est décrite dans la fiche hydrolat.
| Nom INCI | Nature | Fonction | Teneur courante |
|---|---|---|---|
| Mentha piperita (peppermint) oil | Huile essentielle distillée | Parfum et effet froid | 0,05 à 1 % |
| Menthol | Molécule isolée, naturelle ou de synthèse | Effet froid immédiat | 0,1 à 1 % |
| Menthyl lactate | Ester de synthèse | Froid prolongé, moins piquant | 0,1 à 0,5 % |
| Mentha piperita leaf extract | Extrait aqueux ou glycoliné | Actif secondaire, argument marketing | 0,1 à 2 % |
| Mentha piperita flower/leaf/stem water | Hydrolat de distillation | Phase aqueuse | 1 à 80 % |
| Limonene, Linalool | Constituants odorants de l'huile | Déclarés comme allergènes | Seuils de 0,001 % et 0,01 % |
Lire une liste INCI en trois réflexes
Les ingrédients sont classés par ordre décroissant de concentration tant qu'ils dépassent 1 % ; en dessous, l'ordre est libre. Un extrait de menthe cité après le conservateur pèse donc quelques dixièmes de pour cent au mieux. Les colorants ferment la liste, identifiés par un numéro d'index : CI 42090 correspond au bleu brillant, le même colorant que l'additif alimentaire E133, et CI 75810 aux complexes cuivriques de chlorophylles, équivalent du E141. Un vert menthe résulte presque toujours d'un mélange bleu et jaune, jamais de la plante.
Troisième réflexe : les allergènes parfumants. Le limonène et le linalol présents dans l'huile essentielle doivent être déclarés au-delà de 0,001 % dans un produit sans rinçage et 0,01 % dans un produit rincé. Le règlement (UE) 2023/1545 a élargi cette liste à plusieurs dizaines de substances, avec une application aux produits mis sur le marché à partir de l'été 2026 : les listes INCI s'allongent depuis, sans que les formules aient changé.
Ce que l'effet froid fait, et ne fait pas
Le menthol active le récepteur TRPM8 des terminaisons nerveuses cutanées : le cerveau perçoit du froid alors que la peau ne refroidit pas, et se réchauffe même légèrement par vasodilatation réflexe. Le mécanisme est détaillé dans la fiche menthol. Cette sensation est réelle et immédiate, mais elle ne resserre pas les pores, ne réduit pas durablement la production de sébum et ne « purifie » rien : aucune de ces trois affirmations ne dispose de données cliniques robustes.
Sur peau grasse ou après-rasage, l'intérêt est sensoriel et immédiat. Sur peau sensible, réactive ou atopique, la même stimulation devient une brûlure. Voir menthe et peau.
Le cadre du règlement cosmétique
Le règlement (CE) n° 1223/2009 impose à tout cosmétique vendu dans l'Union une personne responsable établie dans l'UE, un dossier d'information produit, un rapport de sécurité signé par un évaluateur qualifié et une notification au portail CPNP avant mise sur le marché. L'étiquette porte la liste INCI complète, le numéro de lot, la contenance, la date de durabilité minimale ou le symbole de période après ouverture. Aucune allégation thérapeutique n'est permise : un produit qui promet de traiter une affection sort du champ cosmétique. Les mentions bio et naturelles relèvent de référentiels privés, examinés dans la fiche labels.
Irritation et sensibilisation
Deux risques distincts coexistent. L'irritation est dose-dépendante : au-delà de 1 % de menthol sur un produit sans rinçage, la brûlure devient fréquente, surtout sur le visage. La sensibilisation est allergique : le limonène s'oxyde à l'air en hydroperoxydes nettement plus allergisants que la molécule d'origine, ce qui explique qu'un produit ouvert depuis un an irrite davantage qu'un flacon neuf. Des dermatites de contact au menthol et à l'huile essentielle de menthe poivrée sont documentées, notamment en hygiène bucco-dentaire. Un essai sur le pli du coude pendant quarante-huit heures reste la précaution la plus simple.
Questions fréquentes
Un cosmétique « à la menthe » contient-il vraiment de la menthe ?
Souvent en très petite quantité. La sensation vient fréquemment du menthol ou du menthyl lactate, deux ingrédients qui peuvent être de synthèse. La position de l'extrait dans la liste INCI, après les conservateurs, indique un dosage inférieur au pour cent.
Menthol naturel ou de synthèse, quelle différence sur la peau ?
Aucune sur le plan sensoriel : la molécule est identique, seul l'itinéraire de fabrication change. La différence porte sur le prix, sur les traces éventuelles d'autres composés de l'huile essentielle et sur la possibilité d'une certification bio, qui exige une origine végétale.
Peut-on ajouter soi-même de l'huile essentielle à une crème ?
C'est possible à 0,2 à 0,5 % au maximum, soit une à deux gouttes pour 50 g, mais la crème perd sa garantie de conservation dès qu'elle est ouverte et modifiée. Voir les règles de dilution.
Les produits mentholés sont déconseillés chez l'enfant de moins de trente mois, sur le visage du jeune enfant, sur peau lésée et près des yeux. En cas de rougeur persistante, d'eczéma ou d'allergie connue aux parfums, l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien est nécessaire avant de poursuivre.
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