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Terroirs · Égypte

La menthe en Égypte

L'Égypte fournit une part majeure de la menthe séchée consommée en Europe. La culture se fait en Moyenne-Égypte, entièrement sous irrigation du Nil, et se termine par un séchage au soleil qui conditionne à la fois la couleur du produit et son niveau de risque sanitaire.

Un pays sans pluie et une plante qui boit

La contradiction est totale sur le papier. La menthe est une plante de milieu frais ; l'Égypte reçoit de 0 à 30 mm de pluie par an sur la vallée du Nil, avec des maximales estivales dépassant 40 °C. Toute la production repose donc sur l'irrigation par canaux dérivés du fleuve, dans des sols alluviaux limono-argileux profonds, régulièrement enrichis en limon jusqu'à la construction du haut barrage. Ce que l'Égypte apporte en échange, c'est un ensoleillement quasi permanent : la plante produit beaucoup de matière sèche, développe une teneur élevée en huile essentielle et surtout sèche vite après la coupe, sans combustible.

Ce que l'Égypte cultive et à quel rythme

L'espèce dominante est la menthe verte, Mentha spicata, connue localement sous le nom de naanaa, complétée par des surfaces plus réduites de menthe poivrée destinées à la distillation. La menthe fait partie d'un ensemble de plantes séchées qui a fait la spécialisation du pays : camomille, basilic, marjolaine, hibiscus, aneth, coriandre. L'Égypte figure parmi les tout premiers exportateurs mondiaux de ces produits.

Conduite et rendements de la menthe égyptienne
PosteOrdre de grandeur
Zone principaleBeni Suef, Minya, Fayoum, Assiout
Nombre de coupes par an3 à 5
Rendement en herbe fraîche25 à 40 tonnes par hectare et par an
Ratio frais vers secEnviron 5 à 7 kg de frais pour 1 kg de sec
Rendement en feuille sèche4 à 8 tonnes par hectare et par an
Durée de séchage au soleil1 à 3 jours selon la saison

Les rendements en sec sont nettement supérieurs à ceux d'un bassin européen, où l'on dépasse rarement 4 tonnes. L'écart tient au nombre de coupes permis par une saison de végétation qui court presque toute l'année, et à un séchage gratuit.

Le séchage, atout et point faible

La récolte est fauchée, laissée en andains ou étendue sur aires de séchage, puis battue pour séparer feuilles et tiges. Le tamisage produit plusieurs catégories commerciales : feuille entière, feuille coupée pour sachets de thé, brisures et poudre. Un séchage rapide préserve la couleur verte et une partie des composés volatils ; un séchage trop long ou trop exposé donne une feuille jaunie et fade, car l'huile essentielle s'évapore et les chlorophylles se dégradent. Le principe est le même à petite échelle, comme le décrit le guide du séchage.

Le point faible est sanitaire. Un séchage à même le sol expose la feuille aux poussières, aux déjections d'oiseaux et aux contaminations bactériennes. Les alertes européennes portant sur des herbes séchées importées visent régulièrement des salmonelles ou des dépassements de limites de résidus. Les opérateurs structurés ont répondu par des aires bétonnées, des séchoirs abrités et, à l'arrivée, par une décontamination à la vapeur. La lecture des lots est expliquée dans la menthe séchée du commerce et reconnaître une menthe de qualité.

Une menthe séchée destinée à l'infusion doit être verte, odorante au froissement et exempte de poussière visible. Une feuille brun-vert, presque sans odeur, indique un séchage trop long, un stockage trop chaud ou un lot ancien. Voir la menthe séchée.

Une filière tournée vers l'exportation

Les exportations égyptiennes de plantes aromatiques et médicinales séchées se comptent en dizaines de milliers de tonnes par an, dont la menthe constitue un des premiers postes en volume. Les destinations principales sont l'Allemagne, les Pays-Bas, les États-Unis et le Royaume-Uni, qui reconditionnent ensuite pour le reste du marché. Les prix départ Égypte se situent dans un ordre de grandeur de quelques euros le kilo pour de la feuille entière de bonne catégorie, très en dessous du coût de production européen : c'est cet écart qui a fait disparaître une part des productions de tisanerie du nord de la Méditerranée.

La filière repose sur des exploitations petites, souvent inférieures à deux hectares, et sur des exportateurs qui regroupent, trient et calibrent. Le nombre d'exploitations concernées se compte en dizaines de milliers. Le positionnement égyptien se compare utilement à celui du Maroc, orienté vers le frais, décrit dans la menthe au Maroc, et à celui de l'Espagne, exposé dans la menthe en Espagne.

Questions fréquentes

La menthe de mes sachets de tisane vient-elle d'Égypte ?

Souvent, oui, au moins en partie. Les mélanges industriels combinent fréquemment des origines égyptienne, marocaine et balkanique selon les récoltes et les prix. La mention d'origine n'est pas obligatoire sur les infusions, d'où l'imprécision fréquente de l'étiquetage. Voir les marchés de la menthe.

Faut-il craindre la menthe séchée importée ?

Le risque n'est ni nul ni généralisé. Les lots destinés à l'Union européenne subissent des contrôles à l'importation et, pour beaucoup, une étape de décontamination. La précaution la plus utile côté consommateur est d'infuser avec de l'eau à 90 °C ou plus, ce qui réduit fortement la charge microbienne, et de conserver le paquet au sec et à l'abri de la lumière.

L'Égypte produit-elle de l'huile essentielle de menthe ?

Oui, mais en quantités modestes au regard de la plante sèche. Quelques distilleries traitent de la menthe poivrée et de la menthe verte, principalement pour l'arôme et la cosmétique. Le pays ne pèse pas sur le marché du menthol, dominé par l'Inde.


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