Culture · Biodiversité
La menthe et les pollinisateurs
Les épis de menthe s'ouvrent de juillet à septembre, au moment où la plupart des floraisons de printemps sont passées et où les colonies d'abeilles manquent de ressources. Ses fleurs, larges de 3 à 5 mm avec une corolle courte, sont accessibles à presque tous les insectes, y compris ceux à langue courte que les fleurs profondes excluent.
Pourquoi la fleur de menthe attire autant
Trois caractères se combinent. La corolle est courte et ouverte : le nectar se trouve à moins de 2 mm, à portée de langue d'un syrphe comme d'un bourdon. Les fleurs sont groupées en épis denses de plusieurs centaines d'unités, ce qui réduit le coût énergétique du déplacement d'une fleur à l'autre. Enfin, l'épi s'ouvre progressivement de bas en haut sur trois à cinq semaines, offrant une ressource étalée plutôt qu'un pic bref. Une touffe d'un mètre carré peut porter 150 à 400 épis en pleine saison.
Le nectar de menthe est peu concentré mais abondant. Les menthes figurent parmi les plantes mellifères secondaires : le miel monofloral de menthe est rare, mais la contribution au miel toutes fleurs de fin d'été est réelle dans les zones humides où la menthe aquatique forme des colonies étendues.
Qui vient sur la menthe
| Groupe | Période de visite | Ressource recherchée |
|---|---|---|
| Abeille domestique | Juillet à septembre, 10 h à 17 h | Nectar surtout, pollen accessoire |
| Bourdons | Juillet à octobre, dès 8 h et par temps couvert | Nectar et pollen |
| Abeilles sauvages solitaires | Juillet à septembre | Nectar, pollen pour les nids |
| Syrphes | Juin à octobre | Nectar et pollen, larves prédatrices de pucerons |
| Papillons de jour | Juillet à septembre, heures chaudes | Nectar |
| Papillons de nuit | Juillet à septembre, crépuscule | Nectar |
| Guêpes et ichneumons | Août à septembre | Nectar, adultes auxiliaires |
Le cortège des syrphes mérite une attention particulière au potager : leurs larves consomment couramment plusieurs dizaines de pucerons par jour. Une bande de menthe laissée en fleur à proximité d'une planche sensible entretient donc une population d'adultes à proximité du foyer. Voir la menthe comme répulsif pour les limites de cette logique.
Conduire la taille sans priver les butineurs
Le conflit est réel : couper au stade des boutons donne la meilleure feuille, laisser fleurir donne le nectar. Trois conduites permettent de tenir les deux.
- Partager la touffe en trois bandes. Couper la première fin juin, la deuxième fin juillet, et laisser la troisième fleurir jusqu'en octobre. La ressource reste continue et la récolte est étalée.
- Décaler les coupes de 2 à 3 semaines entre les bandes plutôt que de tout faucher le même jour. Une coupe totale supprime en une heure la seule ressource nectarifère d'un secteur.
- Repousser la dernière intervention après le 15 septembre, ou mieux, la reporter à février : les tiges sèches abritent des insectes hivernants et protègent le collet.
Ne jamais pulvériser, même un produit utilisable en bio comme le savon noir ou le pyrèthre, sur une menthe en fleur visitée. Intervenir uniquement le soir après 21 h, sur des touffes non fleuries, et jamais par température supérieure à 25 °C.
Quelles menthes pour un jardin de butineurs
Toutes les menthes fleurissent, mais les hybrides stériles offrent du nectar sans produire de graines viables, ce qui limite les semis spontanés. Les menthes à feuilles rondes et la menthe sauvage donnent les épis les plus fournis et attirent particulièrement les papillons. La menthe sauvage et la menthe aquatique sont les plus intéressantes en zone humide ou en berge de mare, où elles constituent souvent la principale floraison d'août. En jardin sec, une menthe verte contenue dans un bac produit déjà un effet mesurable sur la fréquentation.
Un point de vigilance : la cueillette en milieu naturel de menthes en fleur prélève une ressource sur des populations d'insectes locales. Les règles de prélèvement raisonnable sont rappelées sur la cueillette sauvage.
Intégrer la menthe dans un dispositif d'accueil
La menthe couvre la période de creux estival, entre la fin des floraisons de printemps en juin et les dernières ressources de septembre. Elle se combine utilement avec des plantes couvrant les autres fenêtres : saule et fruitiers en mars-avril, phacélie et bourrache en mai-juin, lierre en octobre. Une surface de 1 à 3 m², même fractionnée en bacs, suffit pour produire un effet visible sur la fréquentation d'un jardin urbain. Le placement dans un dessin d'ensemble est traité sur la menthe en permaculture, et les effets de la floraison sur la plante elle-même sur la floraison de la menthe.
Questions fréquentes
La menthe attire-t-elle les guêpes de façon gênante ?
Elle attire des guêpes en août et septembre, comme toute floraison tardive. Les espèces concernées viennent chercher du nectar et ne sont pas agressives sur la fleur. Si la touffe est placée le long d'un passage étroit ou d'une table de jardin, mieux vaut la déplacer que supprimer la floraison.
Faut-il laisser fleurir toute la touffe pour être utile ?
Non. Laisser fleurir un tiers de la surface suffit à maintenir une ressource continue. Le paramètre déterminant est la continuité dans le temps, pas la quantité instantanée de fleurs.
La menthe est-elle pollinisée par le vent ?
Non, elle est entomophile : le pollen est transporté par les insectes. C'est aussi ce qui explique la forte hybridation du genre, les espèces voisines échangeant facilement du pollen lorsqu'elles fleurissent au même moment.
À lire ensuite : la floraison de la menthe · la menthe en permaculture · la taille · la menthe sauvage · toutes les fiches culture