Couleur · Vert menthe
Le vert menthe
Le vert menthe du design est un pastel très clair, situé autour de hsl(150, 70 %, 80 %). Les deux seules références industrielles qui portent officiellement ce nom, le RAL 6029 et le Pantone 17-6333 TCX, sont au contraire des verts sombres. Et aucune des trois ne ressemble vraiment à une feuille de menthe.
Ce que « vert menthe » désigne réellement
Il n'existe aucune norme qui fixe le vert menthe. Le terme est un nom de couleur commercial, c'est-à-dire une étiquette de vente reprise par la mode, la peinture et le web sans définition colorimétrique commune. Le relevé lexicographique le plus ancien couramment cité en français remonte à 1878, dans une chronique de mode de la presse parisienne : la couleur naît donc dans le vocabulaire du textile, pas dans celui de la botanique.
Dans l'usage contemporain, deux familles cohabitent sous le même mot. La première est le pastel des écrans et des maquettes : très clair, faiblement saturé, teinte comprise entre 120° et 160°. La seconde est le vert profond des nuanciers industriels, même teinte mais clarté divisée par trois. Le RAL 6029, nommé Minzgrün en allemand et « vert menthe » en français, se situe autour de hsl(153, 100 %, 22 %) : un vert de portail, pas un vert de chambre d'enfant.
Les codes de référence, nuancier par nuancier
| Référence | Nom officiel | Hexadécimal | RVB | Teinte TSL |
|---|---|---|---|---|
| CSS / X11 | mintcream | #F5FFFA | 245, 255, 250 | 150° |
| Usage web courant | mint green (non normalisé) | #98FF98 | 152, 255, 152 | 120° |
| Crayola | Magic Mint | #AAF0D1 | 170, 240, 209 | 153° |
| WGSN x Coloro | Neo Mint 065-80-23 | #A7DCA2 | 167, 220, 162 | 115° |
| Pantone TCX | 13-6110 Mist Green | #AACEBC | 170, 206, 188 | 150° |
| Pantone TCX | 17-6333 Mint Green | #487D49 | 72, 125, 73 | 121° |
| RAL Classic | 6029 Minzgrün / vert menthe | #006F3D | 0, 111, 61 | 153° |
| RAL Classic | 6033 Minttürkis / turquoise menthe | #46877F | 70, 135, 127 | 172° |
Les valeurs Pantone et RAL sont des conversions approchées : ces deux systèmes définissent leurs couleurs par un échantillon physique observé sous un illuminant normalisé, et non par un triplet numérique. Le détail des conversions, y compris en CMJN, figure dans la fiche consacrée aux codes couleur.
Pourquoi la couleur ne ressemble pas à une feuille de menthe
Une feuille fraîche de Mentha spicata n'a pas de code, et ne peut pas en avoir : sa couleur dépend de la variété, de l'âge de la feuille, de la fertilisation azotée, et surtout de l'angle sous lequel la lumière frappe sa cuticule brillante. Elle se situe malgré tout dans un domaine sans ambiguïté : teinte plus jaune que le pastel, autour de 90 à 115° au lieu de 145 à 160°, et clarté très basse, de l'ordre de 20 à 35 % là où le pastel se tient entre 75 et 98 %.
L'écart n'est donc pas une nuance, c'est un changement de registre. Entre le pastel du design et le RAL 6029, la teinte est presque identique et seule la clarté sépare les deux. Entre l'un ou l'autre et la feuille réelle, c'est la teinte elle-même qui bascule vers le jaune. Voir la menthe verte pour la plante elle-même.
Une couleur née du sirop autant que de la plante
L'explication la plus économique du pastel tient au produit, pas au végétal. Le sirop de menthe industriel est vert parce qu'il est coloré : selon les recettes, un mélange de tartrazine E102 et de bleu brillant E133, ou de la chlorophylline cuprique E141. Sans colorant, un sirop de menthe infusé vire au brun-vert terne en quelques jours, comme le montre la version sans colorant. Les crèmes glacées, les bonbons et les liqueurs mentholées suivent la même logique depuis le début du XXe siècle.
Le public a donc appris à associer la menthe à un vert clair par la confiserie et la limonaderie, avant de l'associer à la plante. Cette hypothèse est cohérente avec la chronologie et avec la définition lexicographique, qui rattache explicitement le nom de couleur à deux référents concurrents, la feuille et le sirop. Elle reste une hypothèse : aucun document ne permet de désigner un produit fondateur précis. Voir le sirop industriel et le diabolo menthe.
Des salles de bains de 1927 au retour des années 2010
- 1878 — première attestation du syntagme « vert menthe » relevée en français, dans la presse de mode.
- 1927 — Kohler lance aux États-Unis la première gamme complète de sanitaires colorés, six teintes dont un « Spring Green ». Les appareils blancs cessent d'être la norme.
- 1928 à 1962 — les verts pâles s'installent dans les salles de bains américaines sous des noms commerciaux concurrents : Ming Green, Pale Jade, Spring Green, Sea Green, Spruce Green. Aucun ne s'appelle encore « mint ».
- Années 1950 — les pastels envahissent la cuisine et l'automobile américaines, puis européennes : stratifiés, réfrigérateurs, carrosseries bicolores.
- 1980-1981 — le collectif Memphis, fondé à Milan autour d'Ettore Sottsass, réhabilite les pastels contre le fonctionnalisme dominant. Le vert menthe revient par le mobilier et le graphisme.
- 2014 — Pantone retient Hemlock, référence 15-6114 TCX, parmi les dix couleurs de son rapport mode du printemps.
- Mai 2018 — le bureau de tendances WGSN annonce Neo Mint comme couleur de 2020, en association avec le système Coloro. La teinte est présentée comme neutre en genre et associée aux univers scientifiques.
Ce cycle d'environ trente ans est visible, mais il faut se garder de le présenter comme une loi : les archives commerciales exploitables sont surtout américaines et européennes, et les retours de teinte relevés par les bureaux de tendances sont en partie des prophéties autoréalisatrices. Le détail vestimentaire est traité dans le vert menthe en mode, l'usage domestique dans le vert menthe en décoration.
Le vert menthe en signalétique : pourquoi il n'y sert presque jamais
Le vert de sécurité défini par la série de normes ISO 3864 correspond au RAL 6032, dit « vert de signalisation », soit environ #0F8558. Ce choix n'est pas esthétique mais photométrique : associé à un pictogramme blanc, ce vert offre un rapport de contraste voisin de 4,6 pour 1, au-dessus du seuil de 4,5 pour 1 retenu pour la lisibilité du texte courant. Le pastel #98FF98, lui, tombe à environ 1,2 pour 1 avec du blanc. Il est inutilisable pour une sortie de secours.
Le vert pâle occupe en revanche une place documentée dans l'hôpital. En 1914, le chirurgien américain Harry Sherman fait peindre un bloc opératoire en vert épinard, murs et textiles compris, pour supprimer l'éblouissement du blanc sous les nouveaux éclairages focalisés. Le vert, complémentaire du rouge, limite aussi les images consécutives qui brouillent la vision après une fixation prolongée sur un champ opératoire. Les blouses et champs verts ou bleus se généralisent à partir de là.
Le pastel garde donc un domaine propre : les fonds, les surfaces calmes et les interfaces où le texte est écrit en noir. Avec du noir, #98FF98 monte à environ 17 pour 1, ce qui en fait un fond très confortable. Ce n'est jamais une couleur de premier plan.
Questions fréquentes
Quel code utiliser si l'on me demande simplement « du vert menthe » ?
Pour un écran, #AAF0D1 est le compromis le plus proche de ce que la plupart des gens ont en tête : assez clair pour rester pastel, assez saturé pour ne pas paraître grisé. Pour une peinture ou un textile, il faut impérativement demander une référence de nuancier, car le même mot désignera un vert sombre chez un fabricant travaillant en RAL.
Le vert menthe et le vert d'eau sont-ils la même couleur ?
Non, mais ils se recouvrent largement. Le vert d'eau est plus bleu et plus grisé, proche du Pantone 13-6110 Mist Green. Le vert menthe est en principe plus lumineux et légèrement plus jaune. Aucun des deux termes n'étant normalisé, la frontière varie selon les nuanciers.
La couleur vient-elle du mythe grec de Minthé ?
Rien ne le documente. Le mythe explique le nom de la plante, pas celui de la couleur, qui apparaît vingt-cinq siècles plus tard dans la presse de mode. Voir Minthé dans la mythologie.
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