Culture · Plein champ
La production professionnelle
La menthe de plein champ se conduit comme une culture pérenne courte : trois à quatre ans sur la même parcelle, deux à trois coupes par an, une irrigation soutenue et une sortie en herbe séchée ou en huile essentielle. L'itinéraire est simple sur le papier ; ce sont l'irrigation, la date de coupe et la verticilliose qui font l'écart entre deux exploitations.
Implantation
La plantation se fait à partir de stolons ou d'éclats de rhizome, jamais de semences : les clones cultivés sont hybrides et hétérogènes en descendance. La fenêtre de plantation est février-mars, ou octobre en climat doux. Les repères courants en plein champ sont un écartement de 50 à 70 cm entre rangs, 25 à 40 cm sur le rang, une profondeur d'enfouissement de 5 à 8 cm, et une densité de l'ordre de 25 000 à 40 000 éclats par hectare, soit 400 à 800 kg de rhizomes selon le calibre. Le sol doit être profond, limoneux à limono-sableux, de pH 6,0 à 7,5, et parfaitement nettoyé des vivaces avant plantation. La technique de mise en terre est détaillée sur planter la menthe.
Itinéraire technique annuel
- Février-mars : décompactage, apport de fond phosphopotassique, plantation ou reprise des rangs de l'année précédente.
- Avril : premier apport azoté fractionné, désherbage mécanique inter-rang tant que le couvert n'est pas fermé.
- Mai-juin : irrigation d'établissement, surveillance de la rouille et de la chrysomèle.
- Fin juin à mi-juillet : première coupe au stade début floraison, à 5 à 8 cm du sol, faucheuse-conditionneuse ou ensileuse selon la valorisation.
- Dans les 48 heures : fanage puis séchage, ou distillation directe de l'herbe préfanée.
- Juillet : second apport azoté immédiatement après coupe, irrigation de relance.
- Fin août à mi-septembre : seconde coupe, plus faible de 25 à 40 % que la première.
- Octobre-novembre : broyage des résidus, exportation des débris sur parcelle à historique de rouille, éventuel apport organique.
Irrigation et fertilisation
La menthe est une culture exigeante en eau : elle valorise couramment 400 à 700 mm sur la campagne, pluies comprises, avec un pic de consommation en juin et juillet de l'ordre de 4 à 6 mm par jour. L'aspersion est la plus répandue en grande culture ; le goutte-à-goutte enterré réduit la consommation et surtout l'humidité foliaire, donc la pression de rouille, au prix d'un investissement plus lourd. Un stress hydrique avant coupe fait chuter le rendement en biomasse mais concentre légèrement l'huile essentielle : l'arbitrage dépend du débouché.
| Poste | Valeur usuelle | Remarque |
|---|---|---|
| Azote | 100 à 180 kg N/ha/an | Fractionné, dont un apport après chaque coupe |
| Phosphore | 40 à 80 kg P₂O₅/ha | Apport de fond à l'implantation |
| Potasse | 120 à 200 kg K₂O/ha | Fort export par la biomasse foliaire |
| Eau | 400 à 700 mm/campagne | Pluies comprises |
| Herbe fraîche | 15 à 30 t/ha/an | Cumul de deux à trois coupes |
| Herbe séchée | 3 à 6 t/ha/an | Ratio frais/sec de 4:1 à 6:1 |
| Huile essentielle | 30 à 80 kg/ha/an | Menthe poivrée, très variable selon le clone |
| Durée du peuplement | 3 à 4 ans | Écourtée par la verticilliose |
Coupes et stade optimal
La date de coupe est la principale variable de qualité. Pour l'huile essentielle de menthe poivrée, la teneur en menthol culmine au tout début de la floraison, quand 5 à 10 % des épis sont ouverts, tandis que la menthone est à son minimum. Une coupe trop précoce donne un rendement en biomasse faible et une huile plus verte ; une coupe tardive donne du volume mais une huile déséquilibrée et une herbe fibreuse peu valorisable en herboristerie. Pour la feuille séchée destinée à l'infusion, on coupe légèrement plus tôt, avant tout épi ouvert, afin de limiter la proportion de tiges. Les repères de stade sont détaillés sur la fiche récolte et la fiche rendement.
Séchage, distillation et débouchés
Le séchage se conduit en séchoir ventilé à air chaud, entre 30 et 40 °C, pendant 12 à 48 heures selon l'épaisseur de la couche et l'humidité de départ, jusqu'à 8 à 10 % d'humidité résiduelle. Au-delà de 45 °C, les composés volatils s'évaporent et la couleur vire au brun. Le battage sépare ensuite la feuille de la tige : la feuille mondée représente couramment 45 à 60 % du poids sec total. La distillation, elle, se fait à la vapeur sur herbe préfanée pendant 45 à 90 minutes, avec un rendement de 0,2 à 0,5 % sur matière fraîche. Le procédé est décrit sur distiller la menthe et sécher la menthe.
Trois débouchés coexistent : le frais en botte, exigeant en logistique et à faible rayon de chalandise ; le sec pour l'herboristerie et le thé, qui suppose un séchoir et un tri ; l'huile essentielle, qui suppose un alambic de campagne et des volumes importants. Le paysage des producteurs et les circuits sont décrits sur les producteurs en France et le commerce mondial.
Le facteur limitant : la verticilliose
La verticilliose de la menthe, due à un champignon du sol du genre Verticillium, est le principal facteur d'abandon de parcelle. Elle se manifeste par un jaunissement unilatéral, un rabougrissement des entre-nœuds et des touffes qui disparaissent en taches. Le champignon persiste des années dans le sol : aucune correction en cours de culture n'est réellement efficace, et la conduite repose sur du matériel végétal indemne, une rotation longue de 5 ans et plus, et le nettoyage du matériel de récolte entre parcelles. Voir les maladies de la menthe.
Questions fréquentes
Combien de coupes peut-on faire par an ?
Deux dans la plupart des régions tempérées françaises, trois en climat chaud et irrigué. La troisième coupe est souvent la moins rentable : rendement faible, séchage plus difficile en arrière-saison, et prélèvement de réserves qui pénalise le redémarrage du printemps suivant.
Faut-il replanter chaque année ?
Non. Le peuplement tient 3 à 4 ans. Au-delà, l'enchevêtrement des rhizomes, l'hétérogénéité des rangs et la pression sanitaire font chuter le rendement, et la reprise passe par une replantation sur une autre parcelle.
Le semis est-il envisageable en production ?
Non pour les clones aromatiques. Les hybrides comme la menthe poivrée sont stériles ou très peu fertiles, et les menthes issues de graines donnent des populations hétérogènes en arôme, donc inexploitables en lot commercial homogène.
À lire ensuite : le rendement de la menthe · distiller la menthe · les producteurs en France · la récolte · toutes les fiches culture