Santé · Histoire des usages
Histoire médicinale de la menthe
La menthe figure dans les textes médicaux depuis plus de trois millénaires, mais la plante dont ils parlent n'est presque jamais celle des pharmacies actuelles. La menthe poivrée, seule espèce dotée aujourd'hui de monographies, n'apparaît dans les pharmacopées qu'au début du XVIIIe siècle.
Antiquité : des menthes, au pluriel
Les papyrus médicaux égyptiens mentionnent des menthes parmi les plantes employées en fumigation et en préparation digestive, et des restes de feuilles ont été retrouvés dans des contextes funéraires. En Grèce, Dioscoride consacre dans son traité sur la matière médicale plusieurs notices aux menthes, décrites pour l'estomac, les vomissements et les applications externes. Pline l'Ancien les reprend dans son Histoire naturelle. Ces textes fondent un usage traditionnel documenté, mais leur identification botanique reste incertaine : ils désignent selon toute vraisemblance Mentha spicata, Mentha longifolia et Mentha pulegium, cette dernière déjà employée à des fins abortives dangereuses, comme le rappelle la toxicité du pouliot. Le contexte mythologique de la plante est traité sur la nymphe Minthé.
Moyen Âge : le jardin monastique et la codification
Le capitulaire De Villis, rédigé autour de 795 sous Charlemagne, énumère les plantes à cultiver dans les domaines royaux et y inscrit plusieurs menthes. L'École de Salerne puis les recueils monastiques les intègrent à des préparations digestives et à des onguents. Au XIIe siècle, Hildegarde de Bingen distingue déjà plusieurs menthes selon leurs effets supposés. Tous ces emplois relèvent de l'usage traditionnel documenté, sans aucune évaluation comparative : la notion d'essai contrôlé n'existe pas encore. Voir la menthe au Moyen Âge.
1696-1721 : l'entrée de la menthe poivrée
Le botaniste anglais John Ray décrit en 1696 une menthe au goût nettement plus âcre, distincte de la menthe verte : c'est la première description publiée de Mentha × piperita. Le London Pharmacopoeia l'inscrit dès 1721. Le tournant est double. Botanique d'abord, puisqu'il s'agit d'un hybride stérile, multiplié par bouture, donc chimiquement homogène d'un pied à l'autre. Pharmaceutique ensuite, car cette homogénéité rend possible une préparation reproductible, condition d'un usage médical codifié. La culture s'organise autour de Mitcham, dans le Surrey, puis en France autour de Milly-la-Forêt. Voir la menthe poivrée, la menthe de Mitcham et Milly-la-Forêt.
| Période | Fait marquant | Statut de la connaissance |
|---|---|---|
| IIe millénaire avant notre ère | Mentions dans les papyrus médicaux égyptiens | Usage traditionnel documenté |
| Ier siècle | Notices de Dioscoride et de Pline | Usage traditionnel documenté |
| Vers 795 | Menthes inscrites au capitulaire De Villis | Prescription agricole, non médicale |
| 1696 | Description de la menthe poivrée par John Ray | Identification botanique |
| 1721 | Inscription au London Pharmacopoeia | Reconnaissance pharmaceutique |
| Vers 1771 | Isolement du menthol par les chimistes européens | Chimie des principes actifs |
| XIXe siècle | Distillation industrielle, essor du Japon et des États-Unis | Production à grande échelle |
| Années 1980-1990 | Premiers essais cliniques contrôlés sur l'huile en gélules | Évaluation moderne |
| Depuis 2007 | Monographies européennes de plantes médicinales | Usage bien établi et usage traditionnel séparés |
Du menthol isolé à l'industrie
L'isolement du menthol, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, déplace l'attention de la plante vers la molécule. Le XIXe siècle installe la distillation industrielle, d'abord au Japon à partir de Mentha arvensis, très riche en menthol, puis dans le Midwest américain. Le menthol entre alors dans les pastilles pectorales, les baumes et les préparations pour inhalation. Ce basculement crée aussi le malentendu contemporain : les propriétés étudiées sur le menthol isolé sont couramment attribuées à la feuille, alors que les quantités n'ont aucun rapport. Voir la fiche menthol.
Ce que l'histoire prouve, et ce qu'elle ne prouve pas
L'ancienneté d'un usage est un argument de tolérance, pas d'efficacité. Le cadre européen le formalise depuis 2004 : un usage traditionnel documenté exige trente ans d'emploi, dont quinze dans l'Union, sans signal de toxicité, et n'implique aucune démonstration d'effet. C'est sur cette base que la feuille de menthe poivrée en infusion est reconnue pour les troubles digestifs légers. À l'inverse, seule l'huile essentielle en gélules gastro-résistantes dispose d'essais cliniques contrôlés et de méta-analyses dans le syndrome de l'intestin irritable. L'histoire de la plante n'apporte rien à cette dernière démonstration, et les deux registres doivent rester séparés. Le détail figure sur les études sur la menthe et la menthe en phytothérapie.
Questions fréquentes
Les Romains utilisaient-ils la menthe poivrée ?
Non, l'hybride n'était pas encore décrit. Les textes antiques renvoient à des menthes vertes, sauvages ou au pouliot. Attribuer à l'Antiquité les propriétés de la menthe poivrée est un anachronisme fréquent.
Un usage millénaire garantit-il l'innocuité ?
Il constitue un faisceau d'arguments sur la tolérance aux doses alimentaires, rien de plus. Le pouliot, employé depuis l'Antiquité, illustre l'inverse : la tradition n'a pas empêché des intoxications graves documentées.
Depuis quand la menthe figure-t-elle dans les pharmacopées modernes ?
La menthe poivrée y entre en 1721 à Londres, puis dans les pharmacopées continentales au cours du XIXe siècle. Les monographies européennes actuelles, qui séparent usage bien établi et usage traditionnel, datent de la fin des années 2000.
À lire ensuite : histoire culturelle de la menthe · étymologie · dosages et posologies · toute la rubrique santé
Les usages historiques décrits ici ne valent pas recommandation. La feuille et l'infusion restent bien tolérées chez l'adulte, tandis que l'huile essentielle comporte des contre-indications réelles exposées sur la rubrique dédiée. Femmes enceintes ou allaitantes, nourrissons et jeunes enfants, personnes épileptiques, asthmatiques ou atteintes d'une maladie du foie ne doivent en aucun cas se fonder sur une pratique ancienne : l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien reste nécessaire.