Culture populaire · Étymologie
L'étymologie du mot menthe
Le français « menthe » vient du latin mentha, lui-même emprunté au grec μίνθη. Mais le grec ne l'a pas créé non plus : le mot est attesté en mycénien vers 1300 avant notre ère et porte les marques d'un emprunt à une langue antérieure, non indo-européenne, que personne n'a identifiée.
Le mot avant l'alphabet grec
Les tablettes en linéaire B retrouvées à Pylos, écrites autour du XIIIe siècle avant notre ère, portent la séquence syllabique mi-ta. Le linéaire B note un grec archaïque, le mycénien, déchiffré en 1952. La lecture mi-ta comme ancêtre direct de μίνθη est admise par les hellénistes. Conséquence : le mot est plus vieux d'environ six siècles que les premiers textes grecs alphabétiques qui l'emploient.
Un mot pré-grec, c'est-à-dire un mot d'origine inconnue
La forme grecque présente le groupe consonantique -ινθ-. C'est un marqueur repéré de longue date par les linguistes : on le retrouve dans un ensemble de mots qui n'ont pas d'étymologie indo-européenne satisfaisante, notamment λαβύρινθος (labyrinthe), ὑάκινθος (hyacinthe), ἄκανθος (acanthe), et dans des toponymes comme Κόρινθος (Corinthe) ou Ζάκυνθος (Zante). L'hypothèse commune est celle d'un substrat, une ou plusieurs langues parlées en Égée avant l'arrivée du grec.
Robert Beekes, dans son dictionnaire étymologique du grec paru en 2010, range μίνθη parmi ces emprunts pré-grecs, en s'appuyant aussi sur l'existence d'une variante μίνθα. Il faut mesurer ce que cette étiquette veut dire : « pré-grec » n'est pas une langue documentée, c'est une case où l'on met ce que la comparaison indo-européenne n'explique pas. Dire que menthe est un mot pré-grec revient à dire qu'on ignore d'où il vient, avec des raisons formelles de le penser.
Le mythe de Minthé n'explique rien
Le récit de la nymphe changée en plante par Perséphone est rapporté par Strabon dans sa Géographie, au début du Ier siècle, et évoqué par Ovide à la même époque. Il est donc postérieur d'au moins treize siècles à la première attestation du mot. C'est une étymologie aitiologique : un récit fabriqué pour justifier un nom déjà là, comme il en existe des centaines dans la mythologie grecque. La plante n'a pas été nommée d'après la nymphe ; la nymphe a été inventée d'après la plante. Le détail du récit et de ses variantes figure dans Minthé dans la mythologie.
De mentha à menthe
| Étape | Forme | Datation | Remarque |
|---|---|---|---|
| Grec mycénien | mi-ta | XIIIe s. av. J.-C. | Tablettes en linéaire B de Pylos |
| Grec ancien | μίνθη, variante μίνθα | à partir du Ve s. av. J.-C. | Le groupe -ινθ- signale un emprunt pré-grec |
| Grec de la koinè | ἡδύοσμον | Ier s. | « Doux parfum », mot des évangiles, ancêtre du grec moderne dyosmos |
| Latin | mentha, menta | Ier s. av. J.-C. | Emprunt direct au grec, avec le h de transcription |
| Ancien français | mente | XIIe s. | Évolution phonétique régulière du latin populaire |
| Français moderne | menthe | XVIe s. | Le h est une réfection savante d'après l'orthographe latine |
Le h de « menthe » ne se prononce pas et n'a jamais rien noté en français : c'est un ornement d'humaniste, ajouté pour rendre le mot conforme à son modèle latin, comme dans théâtre ou rythme. Les langues romanes voisines ne l'ont pas retenu : italien menta, espagnol menta, catalan menta, portugais menta.
Les mots de la même famille
Trois formations latines ont produit des mots français encore vivants.
- Pulegium, le pouliot, dérivé de pulex, la puce, parce qu'on brûlait la plante pour chasser les insectes. Pline consacre à cette plante le chapitre 54 du livre XX de son Histoire naturelle, juste après la menthe. Le latin a donné l'ancien français pouliol, puis pouliot : voir la menthe pouliot.
- Mentastrum, formé sur mentha et le suffixe péjoratif -aster, qui signifie « faux, de qualité inférieure ». Le mot désigne les menthes sauvages à grandes feuilles et survit en français dans menthastre et en italien dans mentastro.
- Nepeta, mot latin d'origine obscure, qui a donné népète et le nom scientifique du genre Nepeta. Ce n'est pas une menthe, malgré l'appellation courante d'herbe-aux-chats : voir la népéta cataire.
Les dérivés savants du XIXe siècle
La chimie a fabriqué à partir du radical latin une série de mots qui n'existaient pas auparavant. La substance responsable de l'effet de froid, isolée en 1771 par Hieronymus David Gaubius et longtemps appelée camphre de menthe, reçoit son nom en 1861 : F. L. Alphons Oppenheim propose menthol, sur le modèle de bornéol, la terminaison -ol signalant alors un alcool. Suivent menthone, la cétone correspondante, et menthyle pour ses esters. Le vocabulaire de la sensation, lui, est plus récent encore : mentholé se répand avec la confiserie et le tabac au XXe siècle. Voir le menthol.
Ce que l'étymologie ne dit pas
Elle ne dit pas quelle plante nommaient les Mycéniens. Un mot ne transporte pas une espèce. La confusion entre le nom et l'espèce est la principale source d'erreurs dans l'histoire des menthes : plusieurs langues emploient un mot unique pour des plantes botaniquement distinctes, et parfois pour des plantes qui ne sont pas du tout des menthes. Ce décalage est traité dans la menthe dans les autres langues et dans les faux amis de la menthe.
Questions fréquentes
Le mot menthe vient-il vraiment de la nymphe Minthé ?
Non, c'est l'inverse. Le mot est attesté en grec mycénien vers 1300 avant notre ère, alors que le récit de la nymphe n'est rapporté qu'à partir du Ier siècle. Le mythe est une explication construite après coup pour un nom déjà en usage.
Pourquoi écrit-on menthe avec un h ?
Par imitation du latin mentha, qui transcrivait lui-même le thêta grec. L'ancien français écrivait mente, sans h ; la graphie savante s'impose au XVIe siècle. Le h n'a jamais eu de valeur phonétique en français.
Menthe et menthol ont-ils la même ancienneté ?
Pas du tout. « Menthe » a plus de trois mille ans ; « menthol » a été forgé en 1861 par un chimiste. Le second est un mot de laboratoire construit sur le premier, avec le suffixe -ol des alcools.
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