Culture populaire · Histoire
Histoire de la menthe
Le mot « menthe » est attesté sur des tablettes mycéniennes du XIIIe siècle avant notre ère, mille ans avant les premiers textes grecs qui la décrivent. La plante que nous appelons aujourd'hui menthe poivrée, elle, n'apparaît dans aucune source avant 1696. Entre les deux, l'histoire de la menthe est celle d'un genre botanique confus que l'industrie a fini par simplifier.
Les traces les plus anciennes
La plus solide est linguistique. Les tablettes en linéaire B de Pylos, écrites vers 1300 avant notre ère, portent la séquence mi-ta, forme mycénienne du nom de la menthe. Une plante inscrite dans une comptabilité palatiale est une plante que l'on stocke, donc que l'on cultive ou que l'on collecte en quantité.
Le papyrus Ebers, copié vers 1550 avant notre ère, est régulièrement cité comme la plus ancienne mention égyptienne de la menthe. La prudence s'impose : l'identification botanique des noms de plantes égyptiens reste discutée entre spécialistes, et les listes de correspondances varient d'une édition à l'autre. Ce qui est certain, en revanche, c'est que toute mention de « menthe poivrée » dans l'Égypte ancienne est un anachronisme : cet hybride n'existe comme plante nommée qu'à partir du XVIIe siècle. Les menthes du Proche-Orient antique sont des menthes vertes, sauvages ou aquatiques.
Grèce et Rome : condiment, remède, parfum de salle
Théophraste, vers 300 avant notre ère, distingue déjà la menthe cultivée de la menthe sauvage dans ses Recherches sur les plantes. Dioscoride, autour de 65, lui consacre plusieurs notices au livre III de De materia medica, l'ouvrage de référence de la pharmacologie occidentale pour les quinze siècles suivants. Pline l'Ancien, en 77, ouvre le chapitre 53 du livre XX de son Histoire naturelle sur la menthe et ses quarante et un remèdes, et enchaîne au chapitre 54 sur le pouliot et ses vingt-cinq remèdes. Le simple décompte dit l'importance accordée au genre.
Une anecdote circule partout : Pline aurait rapporté, d'après Aristote, que la menthe amollissait les combattants et qu'on l'interdisait aux soldats en campagne. Elle est reprise sans référence vérifiable de chapitre. Faute d'avoir pu la localiser dans le texte, nous la signalons comme douteuse plutôt que de la répéter.
Du jardin d'abbaye à l'apothicairerie
Le capitulaire De Villis, promulgué vers 795 dans l'entourage de Charlemagne, ordonne la culture de quatre plantes du groupe des menthes dans les domaines royaux. Les jardins monastiques carolingiens, puis la médecine de Salerne et celle d'Hildegarde de Bingen, en font une plante d'usage courant. Le détail de ces sources figure dans la menthe au Moyen Âge.
1696 : la naissance documentée de la menthe poivrée
La date est précise, ce qui est rare en histoire des plantes. Un certain docteur Eales repère dans le Hertfordshire une menthe au goût brûlant de poivre. John Ray la publie en 1696 dans la deuxième édition de son Synopsis methodica stirpium Britannicarum, sous une longue formule descriptive. Dans son Historia plantarum de 1704, il la nomme Peper-Mint. La pharmacopée de Londres l'inscrit en 1721, et Linné fixe définitivement Mentha × piperita en 1753, dans le Species plantarum. Voir la menthe poivrée.
La conséquence est décisive pour l'histoire des usages : la plante qui domine aujourd'hui la confiserie, l'hygiène bucco-dentaire et la pharmacie n'a pas d'antiquité. Elle est stérile, multipliée par bouture, et tous les pieds du monde descendent d'un petit nombre de clones. Le village de Mitcham, dans le Surrey, en organise la culture à partir du milieu du XVIIIe siècle et donne son nom au cultivar de référence en distillation : la menthe de Mitcham.
L'industrialisation, de l'Angleterre à l'Inde
Au XIXe siècle, la production se déplace. La culture commerciale de la menthe poivrée s'installe d'abord dans l'État de New York, puis dans le Michigan, où le sol tourbeux convient particulièrement. En parallèle, le Japon exploite Mentha canadensis, la menthe des champs asiatique, dont l'huile est bien plus riche en menthol et permet une cristallisation directe. Voir la menthe japonaise, la menthe aux États-Unis et la menthe en Inde.
Le mot « menthol » naît lui aussi au XIXe siècle. La substance avait été isolée en 1771 par Hieronymus David Gaubius, sous le nom de camphre de menthe ; c'est F. L. Alphons Oppenheim qui propose le terme menthol en 1861, sur le modèle du bornéol. Voir le menthol.
Le dernier basculement est récent. À partir des années 1980, l'Inde développe la culture de la menthe des champs à très haut rendement en menthol et devient, en une vingtaine d'années, le premier fournisseur mondial de menthol naturel. La synthèse chimique du menthol, industrialisée en parallèle au Japon puis en Allemagne, couvre aujourd'hui une part importante du marché : voir la menthe dans l'industrie.
La chronologie en un coup d'œil
| Date | Fait | Source ou document |
|---|---|---|
| v. 1550 av. J.-C. | Recettes égyptiennes citant des aromates dont l'identification reste discutée | Papyrus Ebers |
| v. 1300 av. J.-C. | Le mot mi-ta figure dans une comptabilité palatiale | Tablettes en linéaire B de Pylos |
| v. 300 av. J.-C. | Distinction entre menthe cultivée et menthe sauvage | Théophraste, Recherches sur les plantes |
| v. 65 | Notices pharmacologiques sur plusieurs menthes | Dioscoride, De materia medica, livre III |
| 77 | Chapitre sur la menthe, quarante et un remèdes | Pline l'Ancien, Histoire naturelle, XX, 53 |
| v. 795 | Culture obligatoire de quatre menthes dans les domaines royaux | Capitulaire De Villis |
| 1696 | Première description publiée de la menthe poivrée | John Ray, Synopsis methodica, 2e éd. |
| 1721 | Entrée de la menthe poivrée dans une pharmacopée officielle | Pharmacopée de Londres |
| 1753 | Nom binominal Mentha × piperita fixé | Linné, Species plantarum |
| 1861 | Le nom « menthol » est proposé pour le camphre de menthe | F. L. A. Oppenheim |
Questions fréquentes
Les Égyptiens utilisaient-ils de la menthe poivrée ?
Non. La menthe poivrée est un hybride décrit pour la première fois en Angleterre en 1696. Les menthes du bassin méditerranéen antique sont des menthes vertes, sauvages ou aquatiques. Toute mention de menthe poivrée avant le XVIIe siècle est une erreur de traduction ou une extrapolation moderne.
Depuis quand cultive-t-on la menthe en France ?
Au moins depuis l'époque carolingienne, puisque le capitulaire De Villis en impose la culture vers 795. La culture spécialisée à but industriel est bien plus tardive : elle se met en place au XIXe siècle, notamment autour de Milly-la-Forêt.
Pourquoi les menthes anciennes sont-elles si difficiles à identifier ?
Parce que le genre Mentha s'hybride spontanément et que les noms latins médiévaux recouvrent des ensembles flous. Un même mot peut désigner deux espèces selon la région, et deux mots la même plante. Voir la classification botanique.
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