Terroirs · Essonne
Milly-la-Forêt
Milly-la-Forêt a fait vivre pendant plus d'un siècle une culture de plantes médicinales dont la menthe poivrée était la pièce maîtresse. La filière a presque disparu après 1950 ; il en reste une halle médiévale, un conservatoire botanique national et une poignée d'hectares.
Un sol de sable et une nappe à portée de racine
Milly-la-Forêt occupe la vallée de l'École, au sud du massif de Fontainebleau, entre 68 et 140 mètres d'altitude. Le substrat est le sable de Fontainebleau, une formation gréseuse et siliceuse qui donne des sols filtrants, acides à neutres, pauvres en argile et faciles à travailler à la main. Ces terres sèchent vite, mais le fond de vallée reste alimenté par une nappe proche de la surface. C'est cette combinaison — un sol léger que l'on bêche sans peine et une eau accessible — qui a rendu possible une culture aussi exigeante en fraîcheur que la menthe poivrée.
| Paramètre | Valeur |
|---|---|
| Coordonnées | 48,40° N et 2,47° E |
| Altitude | 68 à 140 m |
| Substrat | Sables et grès de Fontainebleau sur calcaire |
| Pluviométrie annuelle | De l'ordre de 600 à 680 mm |
| Température moyenne annuelle | Environ 11 °C |
| Risque climatique dominant | Gelées tardives d'avril et sécheresse estivale sur sable |
La culture des simples, puis la menthe
Le Gâtinais cultive des « simples » — plantes médicinales vendues en l'état à l'apothicaire — bien avant la menthe : guimauve, pavot, angélique, mélisse, réglisse. La menthe poivrée arrive dans l'assolement au cours de la première moitié du XIXe siècle, une centaine d'années après sa description en Angleterre. Elle s'impose vite pour une raison commerciale simple : Paris est à cinquante kilomètres, les herboristeries et les pharmacies de la capitale absorbent des tonnages réguliers, et la menthe séchée voyage sans dommage. La halle de Milly, charpente de bois du XVe siècle, sert de lieu de transaction hebdomadaire.
- Vers 1830-1850 : la menthe poivrée entre dans les rotations de plantes médicinales du Gâtinais.
- 1880-1914 : période haute, avec de l'ordre d'une centaine à quelques centaines d'hectares de simples autour de Milly, dont la menthe poivrée constitue une part notable.
- 1918-1950 : recul continu, faute de main-d'œuvre pour une culture entièrement manuelle.
- Années 1960-1970 : effondrement, sous la double pression de l'huile essentielle importée et du menthol de synthèse.
- 1987 : création du Conservatoire national des plantes à parfum, médicinales, aromatiques et industrielles, qui installe ses collections sur le territoire de la commune.
Comment la menthe de Milly était conduite
La plantation se faisait à partir de stolons prélevés sur les vieilles planches, couchés en sillon à l'automne ou en sortie d'hiver, à raison de 15 000 à 25 000 éclats par hectare. La parcelle était tenue propre à la binette, faute de désherbage chimique, ce qui représentait l'essentiel du temps de travail. La coupe intervenait en juin ou juillet, juste avant l'ouverture des fleurs, moment où la teneur en menthol de la plante est la plus élevée. Le séchage se faisait à l'ombre, en greniers ventilés, puis en séchoirs chauffés autour de 35 à 40 °C : il faut environ cinq kilos d'herbe fraîche pour obtenir un kilo de feuille sèche marchande. Le principe est resté le même, comme le décrit le guide du séchage.
La production locale partait presque entièrement en plante sèche, non en huile essentielle. C'est une différence de fond avec les bassins de Provence, orientés vers la distillation. La valeur de la menthe de Milly tenait à la qualité de la feuille entière, à sa couleur et à son odeur, pas à un rendement en essence.
Pourquoi la filière s'est éteinte
Trois causes se sont additionnées. La première est le coût du travail : une culture qui se plante, se sarcle et se récolte à la main ne résiste pas à la hausse des salaires d'après-guerre. La deuxième est la concurrence des origines lointaines, l'huile essentielle américaine puis indienne arrivant à des prix sans rapport avec les coûts français. La troisième est la pression foncière : Milly se trouve à l'intérieur de l'aire d'influence parisienne, et la terre agricole y vaut mieux en jachère ou en habitat qu'en simples. Le même mécanisme a frappé, à un rythme différent, les plantes médicinales de l'Anjou et l'ensemble de la production française décrite dans la menthe en France.
Ce qui subsiste aujourd'hui
Le conservatoire installé sur la commune conserve des collections vivantes de l'ordre de un millier à un millier et demi d'espèces et de provenances de plantes à parfum, médicinales et aromatiques, sur une dizaine d'hectares. Il détient notamment des clones de menthes cultivées, dont les lignées de menthe poivrée proches de celles qui ont fait la réputation locale, et il diffuse du matériel végétal aux producteurs et aux jardins botaniques. C'est la fonction que la commune remplit désormais : garder vivant un patrimoine génétique plutôt que produire du tonnage.
La chapelle Saint-Blaise-des-Simples, ancienne chapelle de léproserie, a été décorée par Jean Cocteau en 1959 d'un décor de plantes médicinales peintes, dont la menthe. Cocteau y est inhumé depuis 1963. La halle, le conservatoire et la chapelle forment le seul héritage visible d'une filière qui employait autrefois plusieurs centaines de familles. Sur le rôle de ces plantes dans la pharmacopée ancienne, voir la phytothérapie et l'histoire de la menthe.
Questions fréquentes
La menthe poivrée de Milly est-elle une variété distincte ?
Ce n'est pas un taxon séparé mais un ensemble de clones de Mentha × piperita sélectionnés localement et multipliés par stolons. Comme tous les clones de menthe poivrée, ils descendent de pieds stériles ; leur profil aromatique est proche de celui des lignées anglaises de type Mitcham, décrites dans la fiche Mitcham.
Peut-on encore acheter de la menthe produite à Milly-la-Forêt ?
En très petite quantité et de façon irrégulière. Quelques producteurs locaux et le conservatoire commercialisent des plantes sèches et des plants, mais les volumes se comptent en centaines de kilos, pas en tonnes. Toute menthe vendue en volume sous une référence au Gâtinais mérite une vérification d'origine.
Pourquoi cultiver de la menthe sur du sable ?
Parce que le sable se travaille facilement et se réchauffe tôt au printemps, deux avantages décisifs pour une culture manuelle. Le défaut, la faible réserve en eau, était compensé par la proximité de la nappe en fond de vallée et par des parcelles de petite taille faciles à arroser.
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