Aller au contenu
menthe.org

Culture populaire · Littérature

La menthe en littérature

La menthe n'a pas de grand texte à elle. Aucune œuvre majeure ne lui est consacrée, contrairement à la rose ou au laurier. Elle apparaît par touches, presque toujours dans le même rôle : celui d'un détail matériel qui situe une classe sociale, une saison ou une table.

Ovide : la menthe qui essuie la table des pauvres

La mention littéraire la plus ancienne et la plus précise se trouve au livre VIII des Métamorphoses d'Ovide, écrites autour de l'an 8. Baucis et Philémon, deux vieillards misérables, reçoivent sans le savoir Jupiter et Mercure. La table boite ; ils la calent avec un tesson, puis, une fois d'aplomb, ils la frottent de menthe verte, au vers 663 : aequatam mentae tersere virentes.

Le détail est un chef-d'œuvre d'économie. La menthe est ici gratuite, cueillie au pas de la porte, et elle sert de nappe à ceux qui n'en ont pas. Elle marque la pauvreté et la dignité du même geste. Ovide revient sur la plante au livre X, vers 728-730, où Vénus rappelle que Perséphone a pu changer un corps de femme en menthe odorante : c'est la trace littéraire du mythe de Minthé, traitée dans la fiche mythologie.

Shakespeare : la menthe des âges mûrs

Au quatrième acte du Conte d'hiver, joué vers 1610-1611, Perdita distribue des fleurs aux invités de la fête de la tonte. À un groupe d'hommes d'âge moyen elle offre hot lavender, mints, savory, marjoram, en précisant qu'il s'agit des fleurs du milieu de l'été, données à ceux qui sont au milieu de leur vie. La menthe est classée dans un système d'âges : ni les fleurs printanières des jeunes filles, ni le romarin et la rue de l'hiver et du souvenir.

Le passage a nourri l'idée d'un langage floral shakespearien. Attention au raccourci : ce système est interne à la pièce, cohérent avec la botanique domestique de l'époque, et n'a rien à voir avec les dictionnaires floraux du XIXe siècle, construction éditoriale bien plus tardive examinée dans le langage des fleurs.

Fitzgerald : le julep comme marqueur de classe

Gatsby le Magnifique, publié en 1925, offre le cas le plus net d'un usage social de la menthe. Au chapitre 7, dans la chaleur d'un après-midi de New York, le groupe loue une suite au Plaza sous prétexte de boire un mint julep. On monte de la glace pilée et de la menthe fraîche, et Daisy propose d'en préparer un pour Tom au moment précis où la scène bascule vers l'affrontement. La menthe accompagne l'oisiveté, la richesse et le Sud reconstitué en ville. Sur la boisson elle-même, voir le mint julep.

Le même roman contient une curiosité pour l'amateur de langue. Au chapitre 1, Nick compare ses livres neufs à de la monnaie sortant de the mint, l'hôtel des monnaies. Deux mots identiques, deux origines sans aucun rapport, dans un même livre : le point est développé dans la menthe dans les autres langues.

Ce que la littérature française en fait, et n'en fait pas

Le motif est étonnamment discret en France. L'infusion la plus célèbre de la littérature française, celle qui accompagne la madeleine chez Proust, est du tilleul et non de la menthe. Aucun poème canonique du répertoire scolaire ne prend la menthe pour sujet. Le grand véhicule français du motif n'est pas un livre mais un film, Diabolo menthe de 1977, présenté dans sa fiche, et une chanson.

La littérature francophone du Maghreb, elle, mobilise la menthe abondamment, mais comme élément du rituel du thé plus que comme plante : verre, plateau, hauteur du service, hospitalité. Le signifié est social. Voir le rituel du thé.

Les fonctions récurrentes du motif

Occurrences littéraires datées et rôle de la menthe
ŒuvreAuteurDatePassage Fonction du motif
Métamorphoses, livre VIIIOvidev. 8 Baucis et Philémon frottent la table de menthe verte Pauvreté digne, hospitalité
Métamorphoses, livre XOvidev. 8 Vénus évoque la nymphe changée en mentheChâtiment, monde souterrain
Le Conte d'hiver, IV, 4Shakespearev. 1610-1611 Perdita offre lavande, menthes, sarriette et marjolaine Saison, âge de la vie
Gatsby le Magnifique, chap. 7F. Scott Fitzgerald1925 Le mint julep du Plaza et la menthe montée avec la glace Oisiveté, classe, chaleur
Diabolo mentheDiane Kurys1977 Titre d'un film sur une année de lycéeAdolescence, mémoire d'époque

Trois usages seulement, en somme : la table, la saison, la mémoire. La menthe est rarement regardée pour elle-même en littérature ; elle est un moyen de dater une scène, de la situer socialement, ou de la relier à un souvenir. Sa charge symbolique explicite est traitée à part dans la symbolique de la menthe.

Questions fréquentes

Existe-t-il un poème français célèbre sur la menthe ?

Aucun texte du répertoire courant ne prend la menthe pour sujet principal. Les anthologies qui prétendent le contraire recyclent le plus souvent des citations apocryphes ou des traductions approximatives de vers latins.

La menthe a-t-elle un sens fixe en littérature ?

Non. Elle est funéraire chez les Grecs, hospitalière chez Ovide, saisonnière chez Shakespeare, sociale chez Fitzgerald, nostalgique au XXe siècle. Il n'existe pas de symbolique littéraire stable de la menthe : chaque emploi dépend du contexte matériel.

Que valent les citations attribuées à Pline ou à Hippocrate sur la menthe ?

Beaucoup circulent sans référence de livre ni de chapitre, ce qui est le premier signe d'une citation reconstruite. Les mentions authentiques que l'on peut situer figurent dans l'histoire de la menthe, avec leur numéro de chapitre.


À lire ensuite : Minthé dans la mythologie · les expressions autour de la menthe · l'histoire de la menthe · le mint julep · toute la rubrique culture populaire