Langue · Expressions
Les expressions autour de la menthe
Le français ne possède presque aucune expression idiomatique construite sur le mot menthe. Les tours qui circulent sont soit des noms composés, soit des emprunts à l'anglais où le mot mint ne désigne pas du tout la plante. C'est un cas rare de mot très courant et presque stérile en phraséologie.
Le français est pauvre en expressions avec « menthe »
Le constat est facile à vérifier : les dictionnaires de locutions françaises ne recensent aucune expression figurée avec menthe, alors qu'ils en donnent des dizaines pour le chou, la pomme, la moutarde ou l'oignon. La comparaison de fraîcheur elle-même passe par d'autres référents, « frais comme un gardon » ou « frais comme une rose », jamais par la menthe.
L'explication tient probablement à la place de la plante dans la culture matérielle française. La menthe reste jusqu'au XIXe siècle une plante d'officine et de potager, sans rôle alimentaire de premier plan comparable à celui du pain, du vin ou des légumes-racines, qui fournissent l'essentiel du stock imagé de la langue. C'est une hypothèse, non une explication démontrée : la lexicographie ne donne pas de raison documentée à ce vide.
Les tours réellement lexicalisés
| Tour | Statut | Sens |
|---|---|---|
| vert menthe | nom de couleur, attesté dès 1878 | vert pâle et froid |
| menthe à l'eau | nom de boisson, métonymie courante | consommation sans alcool, sagesse affichée |
| diabolo menthe | nom de boisson devenu marqueur générationnel | renvoie à l'adolescence des années 1960-1970 |
| thé à la menthe | nom de boisson, valeur d'accueil | hospitalité maghrébine |
| bonbon à la menthe | nom composé banal | aucun emploi figuré |
Aucun de ces tours n'est une expression idiomatique au sens strict, c'est-à-dire une locution dont le sens ne se déduit pas de ses composants. Les deux qui s'en rapprochent le plus sont « menthe à l'eau », employé par métonymie pour désigner une sobriété un peu sage, et « diabolo menthe », dont la charge nostalgique vient largement du film de Diane Kurys sorti en 1977. Voir la menthe à l'eau et le film Diabolo menthe.
L'allusion biblique
La seule vraie locution figurée du domaine vient d'un texte daté. En Matthieu 23, 23, dans un évangile du Ier siècle, les pharisiens sont critiqués pour payer scrupuleusement la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin en négligeant la justice et la miséricorde ; Luc 11, 42 donne une variante avec la menthe et la rue.
De là vient un tour d'usage lettré, « payer la dîme de la menthe et du cumin », qui désigne l'application méticuleuse d'une règle mineure au détriment de l'essentiel. Il est plus vivant en anglais qu'en français, où il reste réservé au registre soutenu. Le contexte religieux complet est traité dans la menthe dans les religions.
Les faux amis anglais
L'anglais mint recouvre deux mots sans rapport. Le premier vient du latin mentha, lui-même issu du grec μίνθη, et désigne la plante. Le second vient du vieil anglais mynet, du latin moneta, et désigne l'atelier monétaire. Toutes les expressions anglaises relatives à la valeur relèvent du second, jamais de la plante.
In mint condition signifie « à l'état neuf », littéralement dans l'état d'une pièce sortant de l'atelier de frappe. Le Oxford English Dictionary en relève la première attestation en 1897 ; une occurrence imprimée légèrement antérieure figure dans un journal écossais d'octobre 1895, dans une annonce de vente de timbres. La locution vient donc du vocabulaire des collectionneurs, monnaies puis philatélie. De la même racine viennent to make a mint, gagner une fortune, et l'emploi argotique britannique de mint au sens de « formidable », apparu à la fin du XXe siècle par abrègement de mint condition.
Le néerlandais présente la même homonymie avec munt, plante et pièce de monnaie. L'allemand, lui, sépare les deux formes de justesse : Minze pour la plante, Münze pour la monnaie. Le détail des correspondances figure dans la menthe dans les langues.
Ce qu'on ne peut pas expliquer
Plusieurs affirmations circulent sans appui. La date de première attestation de « menthe à l'eau » comme nom de consommation de café n'est pas fermement établie par la lexicographie courante : les récits qui la font remonter précisément aux années 1830 ou 1850 ne citent aucune source. Il faut se contenter de constater sa diffusion au XIXe siècle avec celle des sirops.
De même, la formule sur les trois verres de thé, « le premier doux comme la vie, le deuxième amer comme l'amour, le troisième suave comme la mort », est presque toujours donnée comme proverbe touareg. Aucune attestation antérieure à la littérature de voyage du XXe siècle n'est identifiée : la citer comme un proverbe ancien est une reconstruction. Voir le thé à la menthe.
Enfin, la ressemblance entre menthe et mentir est fortuite. Le second vient du latin mentiri, dérivé de mens, l'esprit, sans aucun lien avec le nom de la plante. Voir l'étymologie du mot menthe.
Questions fréquentes
Existe-t-il une expression française avec le mot menthe ?
Aucune locution figurée n'est recensée par les dictionnaires de langue. Seuls existent des noms composés, vert menthe, menthe à l'eau, thé à la menthe, dont le sens se déduit directement des éléments.
Pourquoi dit-on d'un objet neuf qu'il est en état « mint » ?
Parce que mint désigne ici l'atelier monétaire, du latin moneta, et non la plante. L'expression décrit une pièce ou un timbre dans l'état exact où il a quitté la fabrication.
« Vert menthe » est-il ancien en français ?
Le relevé le plus ancien couramment cité remonte à 1878, dans la presse de mode parisienne. La couleur naît donc dans le vocabulaire du textile, longtemps après le nom de la plante. Voir le vert menthe.
À lire ensuite : l'étymologie du mot menthe · la menthe dans les langues · le film Diabolo menthe · la rubrique culture et symbolique