Culture · Ravageur
La chrysomèle de la menthe
Le petit coléoptère vert doré à reflets métalliques qui crible les feuilles de menthe est Chrysolina herbacea. Adultes et larves mangent le même feuillage, ce qui double la pression, mais l'insecte est lent, visible et se ramasse à la main : c'est le ravageur le plus facile à maîtriser sans produit.
Reconnaître l'insecte
L'adulte mesure 7 à 11 mm, forme ovale bombée, élytres vert métallique à reflets dorés ou bronze, ponctués de fines rangées de points. Il se déplace lentement et, dérangé, se laisse tomber au sol en repliant les pattes plutôt que de s'envoler. Une espèce voisine, Chrysolina coerulans, franchement bleu métallique, occupe les mêmes plantes et se traite de la même façon.
La larve est très différente : 4 à 8 mm, corps trapu gris ardoise à noirâtre, luisant, légèrement arqué, souvent groupée sur le revers du limbe. Les œufs, orangés et allongés, mesurent environ 1 mm et sont pondus par petits paquets sous les feuilles.
Les dégâts et leur signature
Les deux stades rongent le limbe entre les nervures. Les jeunes larves laissent des plages translucides, où seule l'épiderme inférieure subsiste ; les adultes découpent des trous ronds à ovales de 2 à 6 mm, à bord net, répartis sur toute la surface. À forte densité, il ne reste que le réseau de nervures, aspect dit squelettisé. Les crottes noires et brillantes accumulées sur les feuilles inférieures confirment le diagnostic.
La confusion la plus fréquente se fait avec les limaces, qui laissent des trous à bord irrégulier accompagnés de traînées de mucus, souvent au bas du pied : voir limaces et menthe. Les pucerons, eux, ne perforent rien et déforment les pousses : voir les pucerons.
Cycle de Chrysolina herbacea
| Stade | Aspect | Période | Localisation | Geste utile |
|---|---|---|---|---|
| Adulte hivernant | Coléoptère vert doré de 7 à 11 mm | Novembre à mars | Sous les débris, le paillis et les mottes, à 2 à 5 cm | Nettoyer les débris en novembre |
| Adulte de printemps | Actif dès 14 à 16 °C | Avril à juin | Sur les jeunes pousses | Ramassage matinal, insecte engourdi |
| Œufs | Orangés, allongés, environ 1 mm, en paquets | Mai à juillet | Revers des feuilles | Écraser les paquets repérés |
| Larve | Gris ardoise à noirâtre, 4 à 8 mm, luisante | Mai à août, 3 à 4 semaines de développement | Revers du limbe, en groupes | Secouer au-dessus d'un plateau |
| Nymphe | Immobile, dans une loge de terre | 10 à 20 jours après la dernière mue | Sol, à 2 à 4 cm | Binage superficiel du rang |
| Nouvelle génération | Adultes frais | Juillet à septembre | Sur la repousse après coupe | Ramassage renouvelé après rabattage |
Une à deux générations se succèdent selon la longueur de la saison. Le ravageur reste inféodé aux Lamiacées humides : menthes cultivées et sauvages, menthe aquatique, lycope. Il n'attaque ni les légumes voisins ni les aromatiques méditerranéennes.
Ce que la plante encaisse
Une touffe vigoureuse tolère sans dommage la perte de 10 à 20 % de sa surface foliaire : elle compense par de nouvelles pousses. Au-delà, la récolte devient inutilisable en cuisine avant que la plante ne soit réellement menacée. Le seuil pratique d'intervention est donc esthétique et culinaire plutôt que vital : on agit dès que les feuilles destinées à la table sont criblées, généralement autour de dix adultes par pied.
Limiter les populations
- Inspecter deux fois par semaine d'avril à septembre, en retournant les feuilles : les larves sont toujours sur la face inférieure.
- Ramasser les adultes tôt le matin, sous 15 °C, quand ils sont engourdis. Placer un plateau ou une boîte sous la tige avant de la secouer, puisque l'insecte se laisse tomber.
- Écraser les paquets d'œufs orangés repérés au revers, geste qui supprime une dizaine de larves à venir par paquet.
- Rabattre la touffe à 10 cm en cas d'attaque massive : la repousse sort en 10 à 15 jours et la population doit se réinstaller. Voir la taille.
- Retirer le paillis et les débris en novembre sur les zones infestées, puis biner superficiellement pour exposer les adultes hivernants au froid et aux oiseaux. Voir le paillage.
- Maintenir un couvert varié pour les carabes et laisser un accès aux passereaux, qui prélèvent larves et adultes au sol.
Erreurs fréquentes
Traiter au pyrèthre : le produit est peu efficace sur un coléoptère à élytres épais et détruit en revanche coccinelles, syrphes et carabes, avec un retour de pucerons à la clé. Ramasser à midi, quand les insectes sont actifs et se laissent tomber hors de portée. Pailler épais toute l'année sur une parcelle infestée, ce qui offre un abri d'hivernage idéal. Enfin, laisser les menthes sauvages voisines non surveillées, qui servent de réservoir permanent.
Questions fréquentes
Les feuilles trouées sont-elles consommables ?
Oui, il n'y a aucun risque sanitaire : ni l'insecte ni ses déjections ne rendent la feuille toxique. Un lavage soigné suffit, mais l'aspect condamne l'usage décoratif et le rendement en feuilles entières chute fortement.
Existe-t-il un traitement biologique spécifique ?
Les préparations à base de Bacillus thuringiensis de la sous-espèce active sur les coléoptères ciblent les larves de chrysomèles ; leur disponibilité au jardin amateur reste limitée en France et l'efficacité dépend d'une application précoce, sur larves jeunes. Le ramassage manuel reste plus fiable à l'échelle d'un potager.
La chrysomèle passe-t-elle sur d'autres plantes du potager ?
Non. Chrysolina herbacea est spécialisée sur les Lamiacées de milieux humides. Les trous observés sur les choux ou les radis relèvent d'altises, insectes bien plus petits, et ceux des salades de limaces.
À lire ensuite : les pucerons · limaces et menthe · le paillage · la menthe aquatique · toute la rubrique culture