Culture · Ravageur
Les pucerons sur la menthe
Les pucerons colonisent les sommités et le revers des jeunes feuilles, où ils ponctionnent la sève élaborée. Sur une plante dont on mange les feuilles, la réponse tient en trois gestes gratuits : jet d'eau, pincement des pointes, et maintien des auxiliaires qui règlent le problème en deux à trois semaines.
Reconnaître l'attaque
Les colonies s'installent sur les 5 à 10 cm terminaux des tiges et sous les feuilles les plus jeunes. Les individus mesurent 1,5 à 2,5 mm, verts, jaunes ou presque noirs selon l'espèce, et ne fuient pas quand on approche la main. Trois indices accompagnent leur présence : un miellat collant et brillant sur les feuilles situées en dessous, une fumagine noire qui s'installe ensuite sur ce miellat, et un va-et-vient de fourmis le long des tiges. Les feuilles atteintes se gaufrent, s'enroulent vers le bas et restent petites.
Les mues blanches abandonnées ressemblent à de minuscules pellicules et persistent après le départ des colonies : elles ne signalent pas une attaque en cours.
Espèces en cause et mécanisme
Sur menthe, on rencontre surtout Ovatus crataegarius, qui alterne entre l'aubépine et les Lamiacées, ainsi que Myzus persicae et Aphis gossypii, deux espèces très polyphages. Toutes possèdent un stylet fin qu'elles enfoncent entre les cellules jusqu'au phloème, le tissu qui transporte les sucres. La sève y étant sous pression, l'insecte n'a pas besoin d'aspirer : le flux le remplit. Il en rejette l'excédent sucré sous forme de miellat, ce qui explique le collant sur le feuillage.
La multiplication est parthénogénétique en saison : les femelles produisent directement des larves, sans mâle ni œuf. Une génération se boucle en 7 à 10 jours entre 20 et 25 °C, chaque femelle donnant couramment 40 à 80 descendants. Une colonie de quelques individus repérée le 1er mai peut donc couvrir la sommité à la mi-mai.
Effets sur les pousses et sur la récolte
Le prélèvement de sève lui-même reste modeste tant que la population est faible. Les dégâts viennent surtout de trois effets indirects : la déformation des feuilles jeunes, qui les rend inutilisables en cuisine ; le miellat, qui colle et fait tourner la fumagine, laquelle réduit la surface photosynthétique ; et la transmission de virus, les pucerons étant des vecteurs efficaces d'un plant à l'autre. Une sommité déformée ne se redresse pas : seule la repousse au-dessus d'un pincement redonne des feuilles nettes.
Faire venir les auxiliaires
La régulation naturelle est très efficace sur menthe, à condition de laisser le temps aux prédateurs d'arriver, généralement 10 à 20 jours après l'installation des colonies. Les larves de coccinelle (Adalia bipunctata) consomment couramment plusieurs centaines de pucerons pendant leur développement ; les larves de syrphe (Episyrphus balteatus), petites limaces translucides, en avalent plusieurs dizaines par jour ; les chrysopes (Chrysoperla carnea) et les micro-guêpes du genre Aphidius, qui laissent des momies brun clair collées à la feuille, complètent l'ensemble.
Trois conditions les retiennent : des fleurs nectarifères à proximité pour les adultes de syrphes, l'absence de tout insecticide même naturel, et la tolérance de quelques colonies résiduelles qui servent de garde-manger. La floraison de la menthe elle-même y contribue, comme le rappelle la fiche pollinisateurs, et les plantations compagnes sont traitées dans les associations au potager.
Solutions douces et dosages
| Méthode | Dosage ou geste | Fréquence | Délai avant récolte |
|---|---|---|---|
| Jet d'eau ciblé | Pression modérée sur le revers des sommités | 3 passages à 3 jours d'intervalle | Aucun, rincer et récolter le lendemain |
| Pincement des pointes | Couper les 5 cm terminaux colonisés | Une fois, dès le repérage | Aucun sur le reste de la touffe |
| Savon noir liquide | 10 à 20 g par litre d'eau tiède | 2 applications à 5 jours d'écart, le soir | 3 jours, avec lavage abondant |
| Rabattage sanitaire | Coupe de la touffe à 10 cm | Une fois, si plus de la moitié des tiges est colonisée | Repousse utilisable en 3 à 5 semaines |
| Gestion des fourmis | Bande de glu au pied des tuteurs et arbustes voisins | Renouvelée toutes les 4 à 6 semaines | Aucun contact avec le feuillage |
Le savon noir agit par contact en dissolvant la cuticule de l'insecte : il n'a aucun effet rémanent, ce qui explique la nécessité d'un second passage. Il touche aussi les larves d'auxiliaires présentes, d'où l'intérêt de le réserver aux foyers denses.
Erreurs fréquentes
Fertiliser à l'azote au moment de l'attaque : la sève devient plus riche en acides aminés solubles et la fécondité des pucerons augmente. Traiter à la moindre colonie, ce qui prive les auxiliaires de ressource et installe un cycle de dépendance. Utiliser du pyrèthre, non sélectif, qui élimine coccinelles et syrphes en même temps. Enfin, employer un purin ou une décoction sur des feuilles récoltées le lendemain, sans respecter de délai ni laver.
Questions fréquentes
La menthe n'est-elle pas censée repousser les pucerons ?
Son huile essentielle a un effet répulsif documenté sur certains insectes, mais il agit à courte distance et ne protège pas la plante elle-même, dont les jeunes pousses sont peu chargées en huile. Voir la menthe comme répulsif pour la portée réelle de cet usage.
Faut-il traiter dès les premiers individus ?
Non. En dessous d'une dizaine de colonies sur un pied bien développé, l'observation suffit : les auxiliaires arrivent en une à trois semaines et la population s'effondre seule. Le pincement des sommités les plus atteintes accélère le retour à la normale sans rien coûter.
Les pucerons reviennent chaque printemps, est-ce évitable ?
Pas totalement : les formes ailées arrivent au vol depuis les plantes hôtes d'hiver, souvent des arbustes de haie. On peut en revanche décaler le pic en évitant tout apport azoté en avril et en maintenant un couvert fleuri à proximité dès le mois de mars.
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