Terroirs · Provence et Drôme
La menthe en Provence
La Provence élargie à la Drôme est le premier bassin français de plantes à parfum, mais la menthe y reste une culture minoritaire, coincée entre un lavandin qui supporte la sécheresse et un besoin en eau que la région ne peut satisfaire qu'en fond de vallée irriguée. Là où elle est cultivée, elle part en distillation.
Une région de plantes à parfum, pas une région de menthe
Le sud-est français concentre l'essentiel de la production nationale d'huiles essentielles de plantes cultivées. Le lavandin occupe de l'ordre de 20 000 hectares, la lavande fine environ 5 000, la sauge sclarée plusieurs milliers. Face à ces surfaces, la menthe poivrée se compte en dizaines d'hectares, réparties entre la Drôme, le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence. Elle apparaît le plus souvent comme tête ou queue de rotation dans des exploitations dont le revenu principal vient d'ailleurs.
Ce déséquilibre n'a rien d'accidentel. Le lavandin prospère sur des plateaux calcaires à 600-1 000 mètres, en sec, avec 500 à 700 mm de pluie concentrés à l'automne et au printemps. La menthe, elle, réclame de l'eau au moment précis où la Provence n'en a plus, c'est-à-dire en juillet et en août.
Le verrou de l'eau
Une menthe poivrée conduite pour la distillation consomme couramment 2 000 à 4 000 m³ d'eau par hectare et par an dans le sud-est, apportés en aspersion ou en goutte-à-goutte. Ce niveau n'est atteignable que sur les périmètres irrigués : basse vallée de la Durance, plaine du Comtat, vallées de l'Eygues, de l'Ouvèze et de la Drôme, entre 100 et 400 mètres d'altitude. Sur les plateaux du Vaucluse, des Baronnies ou de Valensole, la culture est techniquement possible mais économiquement absurde, l'eau y valant plus que la récolte.
Menthe et lavandin, deux modèles opposés
| Critère | Menthe poivrée | Lavandin |
|---|---|---|
| Altitude favorable | 100 à 400 m, en vallée | 500 à 1 000 m, sur plateau |
| Irrigation | Indispensable, 2 000 à 4 000 m³/ha | Aucune en année normale |
| Durée de la plantation | 2 à 4 ans avant renouvellement | 8 à 12 ans |
| Rendement en huile essentielle | 30 à 60 kg/ha | 80 à 150 kg/ha |
| Ordre de prix de l'essence | Plusieurs dizaines d'euros le kilo | Quelques dizaines d'euros le kilo |
| Mécanisation | Plantation manuelle ou semi-mécanisée | Entièrement mécanisée |
Le tableau explique le choix des exploitants. Le lavandin s'installe une fois pour dix ans, se récolte à la machine et ne boit pas ; la menthe se replante tous les deux à quatre ans, exige de l'eau et du désherbage. Elle ne se justifie que si le débouché est sécurisé, généralement par un contrat de distillation.
De la coupe à l'essence
La menthe destinée à la distillation est fauchée juste avant floraison, puis laissée à préfaner au champ pendant 24 à 48 heures. Ce ressuyage n'est pas une négligence : il fait perdre une part importante de l'eau libre, réduit le volume à transporter et améliore le passage de la vapeur dans la masse végétale. La charge est ensuite tassée dans une cuve mobile ou fixe de 3 à 6 tonnes, et distillée à la vapeur d'eau pendant 1 h 30 à 3 heures. Le rendement se situe couramment entre 0,3 et 0,5 % sur matière préfanée, ce qui ramène à 30-60 kg d'essence par hectare. Le mécanisme d'entraînement est détaillé dans distiller la menthe, et le profil chimique obtenu dans l'huile essentielle de menthe poivrée.
Une essence produite en Provence coûte structurellement plusieurs fois le prix d'une huile indienne rectifiée. Elle se vend donc sur l'origine, la traçabilité parcellaire et souvent la certification biologique, jamais sur le prix. Les repères de marché figurent dans prix et rendement.
Coopératives, distilleries et organisation
La filière provençale est structurée depuis les années 1960 par des coopératives de distillation et par des centres techniques implantés autour de Manosque et de Nyons. Le producteur livre sa matière verte, la coopérative distille et commercialise l'essence, ce qui mutualise un investissement — une distillerie — hors de portée d'une exploitation isolée. Ce modèle a été bâti pour la lavande ; la menthe en profite comme culture d'appoint, sans jamais avoir généré d'organisation propre. Le clone dominant reste de type Mitcham, décrit dans la fiche correspondante.
La menthe provençale a par ailleurs un débouché non distillé, plus ancien et plus modeste : l'herbe fraîche et sèche destinée à la cuisine régionale, où elle accompagne l'agneau, les courgettes et les fromages frais. Voir la cuisine provençale.
Questions fréquentes
La menthe pousse-t-elle spontanément en Provence ?
Oui, mais pas la menthe poivrée. Les bords de ruisseaux et les fossés humides abritent Mentha suaveolens et Mentha longifolia, ainsi que le pouliot dans les zones inondées l'hiver. Ces menthes sauvages n'ont aucun usage industriel local.
Peut-on distiller de la menthe en même temps que du lavandin ?
Sur le même matériel, oui, mais jamais dans la même charge et rarement dans la même semaine. Les alambics se rincent longuement entre deux espèces, car le menthol marque durablement les circuits. En pratique, la menthe passe en juin et en juillet, avant la campagne de lavandin.
Pourquoi la Provence produit-elle si peu de menthe alors que le climat semble idéal ?
Parce que le facteur limitant n'est pas la chaleur mais l'eau estivale. La menthe est une plante de milieu frais, originaire de zones humides, et ses feuilles perdent rapidement leur teneur en huile essentielle sous stress hydrique. Sans irrigation, la culture décroche dès la première canicule.
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