Terroirs · Maine-et-Loire
La menthe en Anjou
L'Anjou est le premier bassin français de plantes médicinales cultivées, avec un pôle historique autour de Chemillé, dans les Mauges. La menthe n'y est pas la culture reine — la camomille romaine l'a longtemps été — mais elle occupe une place stable dans l'assolement des producteurs et alimente la tisanerie française.
Pourquoi les plantes médicinales se sont fixées ici
La concentration angevine tient à trois facteurs qui se sont renforcés. Le premier est agronomique : les Mauges reposent sur les schistes du Massif armoricain, avec des sols bruns acides peu profonds, de 40 à 70 cm, de pH 5,5 à 6,5, difficiles à valoriser en grande culture céréalière mais parfaitement adaptés à des plantes récoltées pour leur partie aérienne. Le deuxième est climatique : un régime océanique doux, 600 à 750 mm de pluie bien répartis, des hivers sans gel destructeur et un printemps précoce. Le troisième est humain : depuis le XIXe siècle, des familles de petits exploitants se sont spécialisées dans les « simples », transmettant un savoir de récolte et de tri difficile à reconstituer ailleurs.
Ce que l'on cultive réellement dans les Mauges
Le Maine-et-Loire compte de l'ordre de 1 000 à 1 500 hectares de plantes à parfum, aromatiques et médicinales, portés par une à deux centaines d'exploitations. La taille moyenne des parcelles est faible, souvent inférieure à trois hectares par espèce, parce que la récolte et le tri restent partiellement manuels et que les débouchés sont fragmentés.
| Plante | Partie récoltée | Ordre de grandeur des surfaces | Débouché |
|---|---|---|---|
| Camomille romaine | Capitule floral | Quelques centaines d'hectares | Infusion, parfumerie, extraits |
| Menthe poivrée | Feuille et sommité | Quelques dizaines d'hectares | Tisanerie, arômes, laboratoires |
| Valériane | Racine | Quelques dizaines d'hectares | Compléments et extraits |
| Mélisse | Feuille | Quelques dizaines d'hectares | Tisanerie et arômes |
| Bardane et angélique | Racine et tige | Quelques dizaines d'hectares | Herboristerie, confiserie |
La menthe entre dans cet ensemble comme une culture de rotation utile : elle couvre bien le sol, étouffe une partie des adventices et laisse une parcelle propre pour la plante suivante. Sa contrepartie est sa persistance, les rhizomes repartant plusieurs saisons après l'arrachage.
Conduite de la menthe et rendements
La plantation se fait par éclats de stolons au printemps, à 20 000 à 30 000 pieds par hectare, sur des planches maintenues propres les deux premiers mois. Une parcelle est exploitée deux à quatre ans avant renouvellement, la verticilliose et l'enherbement finissant par imposer une rupture. La première coupe intervient en juin, juste avant l'ouverture des fleurs, et une seconde repousse est parfois récoltée en fin d'été si l'arrière-saison est humide. Le rendement en herbe fraîche se situe couramment entre 15 et 25 tonnes par hectare et par an sur une parcelle en pleine production.
L'orientation angevine est le séchage, non la distillation. La récolte passe en séchoir à air chaud entre 35 et 45 °C pendant 8 à 24 heures selon l'épaisseur de la couche, puis en battage et tamisage pour séparer les feuilles des tiges. Il faut environ 4 à 6 kg de frais pour un kilo de sec, soit 2,5 à 4 tonnes de plante sèche par hectare et par an, dont seulement une partie ressort en feuille entière de qualité tisane. Le reste part en brisures et en poudre. Voir le séchage et la poudre de menthe.
Une filière encadrée techniquement
L'Anjou accueille l'institut technique national dédié aux plantes à parfum, aromatiques et médicinales, implanté à Chemillé-en-Anjou. Cette présence explique une part de la longévité du bassin : sélection variétale, itinéraires de désherbage mécanique, protection contre la rouille et la verticilliose, référentiels de séchage sont travaillés sur place et diffusés aux producteurs. Un jardin botanique consacré aux plantes médicinales, également à Chemillé, présente plusieurs centaines d'espèces sur quelques hectares et sert de vitrine à la filière.
La part de la production conduite en agriculture biologique est élevée dans ce bassin, supérieure à celle observée en grande culture : les acheteurs de tisanes et de compléments alimentaires imposent des cahiers des charges stricts sur les résidus. Voir la menthe biologique et la phytothérapie.
Une trace angevine dans le verre
En 1885, un pharmacien d'Angers met au point une liqueur de menthe poivrée destinée d'abord à un usage rafraîchissant et digestif, avant de devenir un produit de bar. Cette origine pharmaceutique n'est pas anecdotique : elle rappelle que la menthe angevine a d'abord été une matière première d'officine, distillée et macérée dans un cadre médicinal, avant d'entrer dans la consommation courante. L'histoire des liqueurs mentholées est détaillée dans la crème de menthe.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération.
Questions fréquentes
L'Anjou produit-il de l'huile essentielle de menthe ?
Marginalement. Quelques distillations existent, mais le bassin s'est spécialisé dans la plante sèche, dont la valeur ajoutée est plus stable et l'investissement plus faible. La distillation française se concentre dans le sud-est, comme le décrit la menthe en Provence.
Quelle menthe est cultivée en Anjou ?
Principalement Mentha × piperita pour la tisanerie, choisie pour sa teneur en menthol et sa tenue au séchage, et plus ponctuellement Mentha spicata pour les débouchés aromatiques et culinaires. Voir la menthe poivrée.
Peut-on visiter des cultures de plantes médicinales dans les Mauges ?
Oui, par l'intermédiaire du jardin botanique de Chemillé et de fermes ouvertes au public en été. Les parcelles de production, elles, ne se visitent pas librement : les cultures certifiées imposent des règles d'hygiène et de circulation strictes.
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