Terroirs · France
La menthe en France
La menthe française tient sur quelques centaines d'hectares, éclatés entre le Gâtinais, les Mauges angevines et le sud-est rhodanien. Le pays produit en une année moins d'huile essentielle de menthe que l'Inde en une semaine, mais il a gardé un savoir-faire de plante sèche et un conservatoire génétique sans équivalent en Europe.
Ce que pèse réellement la menthe française
Les plantes à parfum, aromatiques et médicinales occupent en France de l'ordre de 60 000 à 80 000 hectares. La lavande et le lavandin en absorbent à eux seuls plus du tiers, la sauge sclarée et le pavot une bonne part du reste. La menthe, toutes espèces confondues et herbe fraîche comprise, se situe très loin derrière : les surfaces recensées varient selon les années entre 200 et 500 hectares. L'Inde consacre à la menthe des champs de l'ordre de 300 000 hectares, soit environ mille fois plus.
Cette petitesse a une conséquence directe sur la manière de vendre. Aucun opérateur français ne pèse sur un cours mondial. Les producteurs travaillent des marchés de qualité — plante sèche pour la tisanerie, huile essentielle d'origine France, herbe fraîche livrée à moins de deux cents kilomètres — où la traçabilité vaut plus cher que le rendement. Le détail des flux figure dans le commerce mondial de la menthe.
Où se trouvent les bassins
| Bassin | Département dominant | Menthe cultivée | Ordre de grandeur | Débouché principal |
|---|---|---|---|---|
| Gâtinais français | Essonne | Menthe poivrée | Quelques hectares | Plante sèche et conservation génétique |
| Mauges et Segréen | Maine-et-Loire | Menthe poivrée, menthe verte | Quelques dizaines d'hectares | Séchage, tisanerie, laboratoires |
| Drôme provençale et Baronnies | Drôme | Menthe poivrée | Quelques dizaines d'hectares | Distillation, huile essentielle |
| Val de Loire et bassin nantais | Loire-Atlantique | Menthe verte, menthe nanah | Quelques dizaines d'hectares | Herbe fraîche, plants en pot |
| Basse vallée du Rhône | Bouches-du-Rhône | Menthe verte | Quelques dizaines d'hectares | Herbe fraîche de saison |
Sol, climat et verrou de l'eau
La menthe réclame exactement ce que les plantes à parfum méditerranéennes supportent le mieux de ne pas avoir : de l'eau en été. Elle valorise un sol profond, frais, meuble, de pH 6 à 7,5, et une réserve utile d'au moins 100 mm. Sous un climat français moyen, il lui faut entre 500 et 700 mm bien répartis, ou une irrigation d'appoint de l'ordre de 1 500 à 3 000 m³ par hectare et par an dans le sud-est. Ce seul paramètre explique la carte : le Gâtinais et l'Anjou disposent de la pluie, la Drôme dispose de l'eau du Rhône et de ses affluents, et les plateaux secs à lavandin restent hors jeu.
Le froid n'est pas un facteur limitant. Les rhizomes supportent des gelées de l'ordre de -15 à -20 °C sous couvert de neige ou de paille. Les vrais ennemis sont la verticilliose, qui condamne une parcelle pour plusieurs années, et la rouille, favorisée par les étés humides. La conduite professionnelle est détaillée dans la fiche production professionnelle.
Récolte, séchage, distillation
Une parcelle de menthe poivrée conduite en plein champ donne couramment 15 à 25 tonnes d'herbe fraîche par hectare et par an, en une à deux coupes, la première juste avant l'ouverture des fleurs. Séchée entre 35 et 45 °C, cette herbe perd environ quatre cinquièmes de son poids : il faut 4 à 6 kg de frais pour 1 kg de sec, soit un rendement final de 2,5 à 4 tonnes de plante sèche par hectare. En distillation, le rendement se compte plutôt en kilos : 30 à 60 kg d'huile essentielle par hectare en menthe poivrée française, contre 100 à 200 kg en menthe des champs indienne, dont la teneur est structurellement plus élevée. Les principes de l'extraction sont exposés dans distiller la menthe, et les niveaux de prix dans prix et rendement des huiles essentielles.
Une filière qui a reculé, puis s'est fragmentée
Au XIXe siècle, la menthe poivrée est une culture de rapport dans le Gâtinais et dans les Mauges, à côté de la camomille romaine, de la valériane et de la guimauve. Le recul commence après 1918, faute de main-d'œuvre pour une culture qui se plante et se récolte à la main, et s'accélère à partir des années 1960 : l'huile américaine puis indienne arrive à un tiers du prix français, et le menthol de synthèse produit à l'échelle industrielle supprime une partie de la demande d'origine végétale.
Ce qui subsiste aujourd'hui n'est plus une filière unique mais un ensemble de niches : producteurs-cueilleurs en vente directe, ateliers de tisanes bio, quelques distillateurs en Drôme, une poignée de maraîchers spécialisés en herbes fraîches. Le nombre d'exploitations déclarant de la menthe se compte en centaines, souvent sur moins d'un hectare chacune. Voir les producteurs français et le climat favorable à la menthe.
Questions fréquentes
Existe-t-il une appellation protégée pour la menthe française ?
Non. Aucune menthe française ne bénéficie à ce jour d'une AOP ou d'une IGP. Les seuls signes disponibles sont la certification biologique et des marques collectives locales, dont la mention d'origine attachée à la menthe poivrée de Milly-la-Forêt, qui relève de l'usage et non d'une protection réglementaire.
Peut-on vivre d'un hectare de menthe en France ?
Rarement seul. Un hectare de menthe séchée en circuit court dégage un produit brut de l'ordre de quelques dizaines de milliers d'euros, mais la culture mobilise beaucoup de main d'œuvre au désherbage et à la récolte. Dans les faits, la menthe entre dans un assortiment de dix à trente plantes, ce qui étale les pointes de travail et la trésorerie.
La menthe vendue en supermarché français vient-elle de France ?
Une partie seulement. L'herbe fraîche d'été provient largement du bassin nantais, du Rhône et de la région parisienne, mais l'approvisionnement d'hiver est majoritairement importé du Maroc, d'Espagne et d'Israël. La menthe séchée en sachet est, elle, très souvent d'origine égyptienne ou marocaine.
À lire ensuite : Milly-la-Forêt · la menthe en Anjou · la menthe en Provence · la menthe poivrée · tous les terroirs