Espèce · Mentha cervina
La menthe cervine
Mentha cervina ne ressemble à aucune autre menthe : feuilles linéaires comme des aiguilles, fleurs en couronnes serrées à l'aisselle des feuilles, et une odeur de pouliot due à la pulégone. C'est une espèce rare des mares temporaires du sud-ouest de l'Europe, protégée en France.
Une espèce vraie, longtemps classée à part
Le nom accepté est Mentha cervina L., décrit par Linné en 1753. Pendant plus d'un siècle, les botanistes l'ont isolée dans un genre monospécifique sous le nom de Preslia cervina, tant sa morphologie s'écarte du reste du genre. Les données moléculaires l'ont ramenée dans Mentha, au sein de la section Pulegium, aux côtés du pouliot. Elle est aussi appelée pouliot des Espagnols ou menthe des cerfs. Contexte taxinomique complet dans la classification du genre.
C'est une espèce vraie et fertile, pas un hybride : elle produit des graines viables et n'a pas d'hybride naturel connu avec les menthes de la section Mentha, ce qui la rend inhabituellement stable pour ce genre. Voir les hybrides de menthe.
Comment la reconnaître
| Organe | Caractère |
|---|---|
| Tige | Carrée, fine, souvent couchée puis redressée, s'enracinant aux nœuds, glabre |
| Feuille | Sessile, linéaire, entière ou à peine dentée, 1 à 3 cm de long pour 1 à 3 mm de large |
| Fleurs | Verticilles axillaires denses, blancs à lilas pâle, étamines saillantes, de juin à septembre |
| Odeur | Pulégone dominante, âcre et pénétrante, très proche de celle du pouliot |
| Taille | 10 à 40 cm, rarement davantage, en touffes basses |
Aucune autre menthe européenne ne combine des feuilles aussi étroites et des fleurs disposées en couronnes le long de la tige. Le risque de confusion est faible ; il porte surtout sur des plantes de milieux humides sans lien avec le genre, écartées dès qu'on froisse une feuille. Méthode dans identifier une menthe.
Habitat et statut de conservation
L'espèce est cantonnée à l'ouest du bassin méditerranéen : Portugal, Espagne, Maroc, et en France quelques stations du Sud, principalement dans le Var, le Gard, l'Hérault, l'Ardèche et la Corse. Son milieu est très particulier : mares temporaires, dépressions inondées d'octobre à mai puis asséchées en été, bords d'étangs et lits de rivières intermittentes.
Ce type d'habitat compte parmi les plus menacés d'Europe, par drainage, comblement, enrichissement en nutriments et fermeture du milieu. La menthe cervine fait l'objet de mesures de protection réglementaire dans plusieurs régions du sud de la France et figure sur les listes rouges régionales. En pratique, cela signifie que la cueillette et l'arrachage sont interdits dans les stations concernées. Les plants disponibles dans le commerce proviennent de multiplication horticole, jamais de prélèvement.
Prélever un pied dans une station naturelle est à la fois inutile, la reprise étant médiocre hors de son cycle d'inondation, et illégal là où l'arrêté de protection s'applique. Les pépiniéristes de plantes de berge en proposent des plants issus de bouture.
Arôme et prudence d'usage
Son huile essentielle est dominée par la pulégone, comme celle du pouliot, à des teneurs couramment supérieures à 40 %. La conséquence gustative est une amertume piquante, sans la fraîcheur du menthol ni la douceur de la carvone. En Estrémadure et en Alentejo, la plante entre en usage traditionnel documenté dans quelques préparations culinaires, notamment des soupes de poisson, à dose faible et cuite.
La pulégone est hépatotoxique à dose élevée et son emploi est réglementé dans les denrées alimentaires en Europe. Aucune consommation régulière, aucune infusion concentrée et aucun usage d'huile essentielle ne se justifient pour cette espèce, particulièrement chez la femme enceinte ou allaitante, l'enfant et les personnes atteintes d'une affection hépatique. En cas de doute, demander l'avis d'un médecin ou d'un pharmacien. Détail dans la toxicité du pouliot.
La cultiver en bassin
C'est une excellente plante de berge, à installer en zone de marnage : sol saturé en permanence, ou 0 à 10 cm d'eau au-dessus du collet. Un panier ajouré rempli d'un mélange de terre de jardin lourde et de gravier, sans engrais, convient mieux qu'un terreau riche. L'exposition doit être pleinement ensoleillée, faute de quoi la touffe s'étiole et fleurit peu. Voir exposition et lumière.
Elle supporte des gelées modérées, de l'ordre de -10 °C, à condition que la souche reste immergée ou dans un sol gorgé d'eau qui tamponne les variations. En bac hors sol, remonter le panier sous 5 cm d'eau pour l'hiver. La multiplication se fait par division de la touffe en avril, ou par bouture de tige, chaque nœud s'enracinant en une dizaine de jours dans l'eau. Les gestes généraux sont décrits dans la rubrique culture et le bouturage.
Questions fréquentes
Peut-on la consommer comme une menthe de cuisine ?
Non. Sa richesse en pulégone la range du côté du pouliot, dont l'usage alimentaire est encadré. Pour la cuisine, se reporter aux menthes comestibles courantes.
Résiste-t-elle à la sécheresse estivale ?
Dans la nature, oui, en entrant en repos quand la mare s'assèche. Au jardin, cette phase sèche tue souvent les pieds cultivés en pot classique, car le substrat se dessèche bien plus vite qu'un sol argileux naturel. Mieux vaut la maintenir humide toute l'année.
Est-elle envahissante ?
Beaucoup moins que les menthes de la section Mentha. Ses stolons restent courts et son extension dépend strictement de la présence d'eau, ce qui la cantonne à la zone de berge.
À lire ensuite : la menthe pouliot · la menthe aquatique · la classification du genre · la toxicité de la pulégone · toutes les espèces de menthe