Culture populaire · Textes religieux
La menthe dans les textes religieux
La menthe apparaît deux fois dans la Bible, dans deux versets parallèles des évangiles, et sous un nom grec qui n'est pas celui d'où vient le mot « menthe ». Elle est absente de la Bible hébraïque et du Coran. Son emploi rituel le mieux daté se trouve ailleurs : dans le kykéon des mystères d'Éleusis, en Grèce.
Ce que disent exactement les évangiles
Matthieu 23, 23 et Luc 11, 42 rapportent le même reproche adressé aux pharisiens : ils acquittent la dîme sur des herbes de jardin et laissent de côté ce que la Loi a de plus lourd. Matthieu nomme la menthe, l'aneth et le cumin ; Luc remplace l'aneth par la rue et ajoute « toute plante potagère ». La critique date ces deux textes de la fin du Ier siècle. Ce sont les seules occurrences de la menthe dans l'ensemble du canon biblique.
Le mot grec employé n'est pas μίνθη (mínthē), le terme classique, mais ἡδύοσμον (hēdýosmon), littéralement « doux parfum ». C'est ce mot descriptif, et non le nom mythologique, qui a survécu en grec moderne sous la forme dyosmos, la menthe verte de cuisine. Le passage au latin s'est fait dans l'autre sens : la Vulgate de Jérôme, autour de 400, traduit par mentam, et fixe pour tout l'Occident chrétien le mot que le français a hérité. Ce trajet est détaillé dans l'étymologie du mot menthe.
Le verset dit aussi quelque chose d'agronomique. Pour être soumise au prélèvement, une plante doit être cultivée. La menthe de Judée au Ier siècle est donc une herbe de jardin, pas une cueillette sauvage. Il s'agit selon toute vraisemblance de Mentha spicata ou de Mentha longifolia, les deux espèces courantes du Levant ; aucun texte ancien ne permet de trancher.
Une absence remarquable dans la Bible hébraïque
Aucun livre de l'Ancien Testament ne mentionne la menthe. L'expression la plus souvent rapprochée, les « herbes amères » d'Exode 12, 8 mangées avec l'agneau pascal, ne la désigne pas : la Mishna, compilée vers 200, énumère cinq plantes admises pour cet usage, et la menthe n'en fait pas partie. La confusion vient probablement de l'habitude moderne d'associer menthe et agneau, qui est anglaise et bien plus tardive, comme le rappelle la fiche menthe et agneau.
La menthe est en revanche bien présente dans la langue rabbinique, sous le nom naʿnaʿ, passé tel quel en hébreu moderne et apparenté à l'arabe naʿnāʿ. Dans plusieurs communautés juives d'Afrique du Nord, la menthe figure parmi les plantes odorantes sur lesquelles on prononce la bénédiction des parfums lors de la havdala, en fin de sabbat. Cet usage est attesté par l'ethnographie et les recueils de coutumes locales, jamais prescrit par un texte normatif : le rite demande une odeur agréable, il ne nomme pas d'espèce.
Le kykéon d'Éleusis : un rite qui nomme sa menthe
La mention rituelle la plus ancienne concerne le pouliot. Dans l'Hymne homérique à Déméter, mis par écrit vers le VIIe siècle avant notre ère, la déesse refuse le vin et demande une préparation de farine d'orge, d'eau et de glếkhôn, c'est-à-dire de Mentha pulegium. Ce breuvage, le kykéon, est le geste inaugural des mystères d'Éleusis, célébrés pendant près de mille ans. Le texte donne donc une espèce, une recette et une fonction liturgique, ce qui est rare pour l'Antiquité. Voir la menthe pouliot.
Le pouliot contient de la pulégone, hépatotoxique et abortive à forte dose. Les reconstitutions modernes du kykéon n'ont aucune raison d'être tentées : détail dans la toxicité du pouliot.
La menthe grecque, plante des morts
Le second ancrage religieux grec est funéraire. La nymphe Minthé, changée en plante par Perséphone, appartient au cortège des Enfers, et la menthe est associée dans plusieurs sources antiques aux rites accompagnant les morts. Les variantes du récit et leur datation sont traitées dans Minthé dans la mythologie. L'important ici est la conséquence rituelle : une plante liée au monde souterrain n'est pas une plante d'offrande ordinaire.
Islam : rien dans le Coran, beaucoup dans l'usage
La menthe n'est citée nulle part dans le Coran. Le corpus des hadiths met en avant d'autres plantes, la nigelle et le miel en particulier. L'association très forte entre menthe et monde musulman tient à un phénomène commercial du XIXe siècle : l'arrivée massive du thé vert de Chine au Maghreb et la constitution du rituel du thé à la menthe, décrite dans le thé à la menthe et la menthe nanah. C'est un fait d'hospitalité et de commerce, pas de prescription religieuse.
Ce que les sources permettent de dire, et pas plus
| Texte | Datation | Terme employé | Contenu |
|---|---|---|---|
| Hymne homérique à Déméter | VIIe s. av. J.-C. | γλήχων, pouliot | Kykéon rituel : orge, eau et pouliot |
| Évangile selon Matthieu 23, 23 | fin du Ier s. | ἡδύοσμον | Dîme payée sur la menthe, l'aneth et le cumin |
| Évangile selon Luc 11, 42 | fin du Ier s. | ἡδύοσμον | Même reproche, avec la rue à la place de l'aneth |
| Vulgate de Jérôme | v. 390-405 | mentam | Traduction latine qui fixe le mot pour l'Occident |
| Mishna, traité Pesahim 2, 6 | v. 200 | liste des herbes amères | Cinq plantes admises, la menthe n'y figure pas |
Tout le reste relève de la reconstruction. On lit souvent que la menthe était brûlée dans les temples égyptiens ou répandue dans les églises médiévales. Le second point est plausible : la menthe fait partie des herbes de jonchée listées par les traités domestiques anglais du XVIe siècle, mais ces listes concernent les maisons, pas la liturgie. Aucun rituel chrétien officiel ne nomme la menthe. Sa présence dans les jardins d'abbaye, elle, est documentée noir sur blanc : voir la menthe au Moyen Âge.
Questions fréquentes
La menthe est-elle citée dans l'Ancien Testament ?
Non. Aucun livre de la Bible hébraïque ne la nomme. Les deux seules mentions bibliques sont dans les évangiles de Matthieu et de Luc, écrits en grec à la fin du Ier siècle.
Le kykéon d'Éleusis était-il une boisson hallucinogène ?
L'hypothèse a été formulée en 1978 par Wasson, Hofmann et Ruck, qui supposaient une contamination de l'orge par l'ergot de seigle. Elle reste une hypothèse : aucun résidu n'a été analysé, et les initiés étaient tenus au secret. Le pouliot, lui, est bien nommé par le texte, mais il n'est pas hallucinogène.
Pourquoi le mot grec des évangiles n'est-il pas « minthé » ?
Le grec de la koinè disposait des deux mots. Les évangélistes ont retenu hēdýosmon, « doux parfum », terme descriptif et courant dans la langue commune, là où mínthē restait marqué par son origine mythologique. C'est hēdýosmon qui a survécu jusqu'au grec d'aujourd'hui.
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