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Culture · Maladie fongique

L'oïdium sur la menthe

Le feutrage blanc farineux qui recouvre le dessus des feuilles est causé par Golovinomyces biocellatus. Contrairement à la plupart des champignons, il n'a pas besoin d'eau libre pour germer : il lui suffit d'un air humide, d'une feuille sèche et d'une touffe trop dense.

À quoi ressemble le feutrage

L'oïdium commence par de petites plages blanches de 2 à 5 mm, d'aspect poudreux, sur la face supérieure des feuilles les plus âgées et sur les tiges. Ces plages s'étendent et finissent par couvrir le limbe entier. Le mycélium reste superficiel : il ne s'enfonce pas dans le tissu, il s'ancre par des suçoirs qui pénètrent seulement les cellules de l'épiderme et y prélèvent les sucres. C'est pourquoi le feutrage s'essuie au doigt, en laissant une feuille verte mais mate, qui jaunit et se recroqueville ensuite.

L'incubation est courte : 3 à 7 jours entre le dépôt d'une conidie et l'apparition d'une colonie visible. Une touffe passe donc d'indemne à largement couverte en une dizaine de jours si les conditions se maintiennent.

Oïdium, mildiou ou rouille

Différencier les trois principaux dépôts observés sur feuille de menthe
CritèreOïdiumMildiouRouille
Face touchéeDessus de la feuille surtoutDessous, avec tache huileuse au-dessusDessous, tache jaune au-dessus
AspectFeutrage blanc farineuxDuvet gris à violacéPustules orangées en relief
S'essuie au doigtOui, complètementPartiellementNon, la pustule reste saillante
Eau libre nécessaireNon, air humide suffitOui, plusieurs heures de feuille mouilléeOui, 6 à 8 heures d'humectation
Température favorable18 à 26 °C12 à 20 °C15 à 24 °C
OrganismeGolovinomyces biocellatusOomycète du genre PeronosporaPuccinia menthae

Le mildiou reste rare sur menthe au jardin ; la confusion la plus fréquente se fait en réalité avec un simple dépôt de poussière ou de calcaire d'arrosage, qui ne s'organise pas en plages circulaires et n'évolue pas. Pour la rouille, voir la fiche dédiée.

Pourquoi il apparaît

Quatre facteurs se combinent presque toujours. Une amplitude thermique marquée entre le jour et la nuit, typique d'août et de septembre, qui produit une humidité relative élevée sans mouiller la feuille. Une touffe dense où l'air ne circule pas. Un excès d'azote, qui allonge les entre-nœuds et amincit les parois cellulaires. Enfin un stress hydrique : contrairement à l'intuition, une menthe qui manque d'eau devient plus sensible à l'oïdium, car ses tissus perdent en turgescence et se laissent pénétrer plus facilement.

Les cultures en intérieur et en jardinière serrée sont les plus touchées : l'air y stagne et les pieds sont souvent plantés à 10 ou 15 cm les uns des autres. Voir aussi exposition et lumière.

Mesures culturales

  1. Supprimer les feuilles et tiges couvertes dès les premières plages, et les sortir du jardin plutôt que de les composter.
  2. Éclaircir la touffe : une tige sur trois retirée à la base, pieds espacés de 30 à 40 cm.
  3. Rabattre à 5 à 10 cm si plus de la moitié du feuillage est atteinte. La repousse démarre en 10 à 15 jours et sort généralement saine.
  4. Arroser régulièrement au pied, sans laisser la motte se dessécher entre deux apports : voir l'arrosage.
  5. Suspendre les apports azotés jusqu'à la fin de l'épisode.
  6. En intérieur, éloigner les pots de 20 cm au minimum et assurer un renouvellement d'air quotidien.

Traitements utilisables au jardin

Préparations courantes contre l'oïdium sur plante alimentaire
PréparationDose usuelleRythmeRéserve
Soufre mouillable3 à 5 g par litre d'eauTous les 8 à 12 jours en préventifPhytotoxique au-dessus de 28 °C, à appliquer le soir
Bicarbonate de potassium5 g par litre plus 2 ml de savon noirTous les 7 à 10 joursAgit par contact, sans effet sur les colonies déjà installées
Lait dilué1 volume de lait pour 9 d'eauDeux fois par semaineUsage traditionnel de jardin, résultats en plein champ inconstants
Rabattage sanitaireCoupe à 5 à 10 cmUne fois, dès 50 % du feuillage atteintLa mesure la plus fiable, au prix d'une coupe perdue

Sur une plante dont on mange les feuilles, la logique diffère de celle d'un rosier : on préfère couper puis traiter la repousse plutôt que pulvériser sur des feuilles destinées à la récolte. Après toute application, respecter au minimum une semaine avant de récolter et laver soigneusement les feuilles, comme indiqué dans laver la menthe.

Erreurs fréquentes

Traiter sans éclaircir : le microclimat reste favorable et les colonies reviennent en dix jours. Pulvériser du soufre en plein soleil et par 30 °C, ce qui brûle le feuillage. Confondre le dépôt calcaire d'une eau dure avec un début d'oïdium et traiter pour rien. Enfin, arroser le feuillage le soir en croyant lutter contre le champignon : l'oïdium tolère la feuille mouillée, mais l'eau du soir installe la rouille en prime.

Questions fréquentes

Peut-on manger une feuille couverte d'oïdium ?

Le champignon n'est pas toxique, mais le goût devient poussiéreux et amer, et le lavage ne retire pas le mycélium ancré dans l'épiderme. En pratique, ces feuilles sont écartées et l'on récolte sur la repousse après rabattage.

L'oïdium tue-t-il la menthe ?

Non. Il réduit la photosynthèse et affaiblit la touffe, ce qui se traduit par des feuilles plus petites l'année suivante, mais le rhizome survit et repart normalement au printemps si le nettoyage d'automne est fait.

Une menthe en pot sur un balcon est-elle protégée ?

Pas particulièrement. Un balcon abrité du vent cumule chaleur et air stagnant, deux facteurs favorables. Espacer les contenants et éviter de coller les pots contre un mur réduit sensiblement le risque : voir la menthe sur balcon.


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